Planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique
Mars 2026
Sur cette page
- Note aux lecteurs
- Remerciements
- Résumé
- 1. Introduction
- 2. Restauration de l’habitat dans la région du Pacifique
- 3. Espèces de poissons, zones et processus écosystémiques dans la région du Pacifique
- 4. Fixer des buts et des objectifs de restauration
- 5. Critères à l’appui des décisions en matière de restauration de l’habitat
- 6. Révisions et rapports
- Annexe 1 : Mesures du plan d’action de LDNUDPA
- Annexe 2 : Ce que nous avons entendu
- Annexe 3 : Mesures favorisant la réussite de la restauration de l’habitat
- Glossaire
- Abréviations
- Acronymes et sigles
- Références
- Liens connexes
Note aux lecteurs
Les menaces et les répercussions liées au poisson et à son habitat proviennent de diverses sources. De nombreuses entités jouent un rôle dans la protection du poisson et de son habitat, notamment Pêches et Océans Canada (MPO), le gouvernement de la Colombie-Britannique, le gouvernement du Yukon et les Premières Nations. Par souci de clarté, précisons que le terme « Premières Nations » tout au long du présent document désigne la composition des groupes autochtones dans la région du Pacifique. Toutefois, il est admis que diverses entités (par exemple, des organisations autochtones, des conseils tribaux ou d’autres organisations) peuvent diriger des projets de restauration de l’habitat. Le présent document se veut exhaustif et applicable à toutes ces entités.
La planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique (plan des priorités en matière de restauration) se concentre sur les menaces et les répercussions actuelles et passées sur l’habitat du poisson. Le plan des priorités en matière de restauration propose sept objectifs de restauration de l’habitat ainsi que des objectifs et des mesures visant à restaurer efficacement l’habitat du poisson dans l’ensemble de la région du Pacifique (Colombie-Britannique et Yukon). Les buts, les objectifs et les mesures visent à s’attaquer aux causes profondes de la dégradation de l’habitat. Lors de l’élaboration d’un plan global de restauration de l’habitat, il est important de prendre en compte toutes les menaces et de travailler en collaboration pour obtenir des résultats durables et viables pour le poisson.
Les activités qui ont une incidence sur le poisson et son habitat nécessitent une collaboration et une coordination. La participation des Premières Nations, des provinces, des territoires ou du gouvernement fédéral peut être nécessaire pour les projets de restauration de l’habitat. Le portail Web Projet près de l’eau du MPO est une ressource fédérale qui fournit des conseils pour les travaux susceptibles d’avoir une incidence sur le poisson et son habitat.
Le présent document a pour but d’éclairer et d’améliorer la planification des activités de restauration de l’habitat afin d’optimiser les résultats des investissements. Il ne s’agit pas d’un document contraignant ou normatif. Il ne s’agit pas non plus de parler au nom d’un seul praticien de la restauration ou programme du MPO, de suggérer une utilisation obligatoire, de prescrire des rôles de leadership ou d’engager le MPO envers des activités précises de planification ou de mise en œuvre à l’avenir.
En cas d’incohérence entre la planification des priorités en matière de restauration de l’habitat dans la région du Pacifique et une loi fédérale, provinciale ou territoriale ou un règlement connexe, la loi prévaudra.
Citation recommandée
- Harding, J., Reyes, C., Glaser, H., and Northrup, S. (2026). Planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique. Rapport de Pêches et Océans Canada 23-2615. xii+ 75 pp
« Grâce à des consultations, une collaboration et des partenariats significatifs avec les groupes autochtones et les partenaires de la Colombie‑Britannique et du Yukon, Pêches et Océans Canada mettra en œuvre l’Initiative stratégique pour le saumon du Pacifique afin de protéger et de revitaliser les populations de saumon et leurs habitats. »
- Mesure 41 du Plan d’action de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
Remerciements
Le présent plan est le fruit de trois années de mobilisation auprès de centaines de Canadiennes et de Canadiens qui se consacrent au poisson et à son habitat en Colombie-Britannique et au Yukon. Le personnel du MPO a élaboré le plan en y intégrant les précieuses contributions de membres dévoués, avertis et passionnés de la communauté de la restauration, qui ont revu et corrigé le plan et contribué à l’améliorer au fil de plusieurs versions.
Le MPO souhaite également remercier le First Nations Fisheries Council of British Columbia (FNFC) pour son soutien à la mobilisation des Premières Nations de toute la Colombie Britannique. Le FNFC a organisé plusieurs séances de mobilisation à l’échelle régionale et provinciale en 2024 et 2025 afin de recueillir les points de vue, les commentaires et les réactions des Premières Nations au sujet de l’ébauche du plan des priorités régionales. Ces séances de mobilisation ont été organisées en plus des conversations bilatérales en cours entre le MPO et les Premières Nations de la région du Pacifique.
Au cours des réunions et des conversations, de nombreuses Premières Nations de la région du Pacifique ont mis en commun leur savoir traditionnel et leur expertise en matière de restauration et d’intendance de l’habitat afin d’éclairer le plan des priorités en matière de restauration. Nous rendons hommage et sommes reconnaissants aux détenteurs de savoir d’hier, d’aujourd’hui et de demain, dont les conseils éclairent le plan des priorités en matière de restauration.
Pour assurer notre réussite collective, il sera important d’aller de l’avant dans le respect et le partage des responsabilités et de travailler ensemble pour restaurer les terres et les eaux dont nous dépendons tous.
« Ce qui se passe sur terre a des répercussions sur l’eau. »
- Participant anonyme, séance de mobilisation dans la région du Nord‑Est et du Sud‑Est, le 19 novembre 2024.
Résumé
Objectif et portée
La planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique (le plan des priorités en matière de restauration) est un guide fondamental élaboré par Pêches et Océans Canada (MPO) qui vise à soutenir la restauration de l’habitat aquatique en Colombie-Britannique et au Yukon. Il définit des buts et des objectifs de restauration régionaux qui s’appliquent à toutes les espèces de poissons et à tous les habitats aquatiques, depuis les eaux d’amont jusqu’aux environnements marins littoraux. Le plan des priorités en matière de restauration fournit également des orientations sur la manière de définir les priorités de restauration de l’habitat pour lutter contre la dégradation de l’habitat, et il souligne l’importance de la planification et du travail au-delà des frontières géographiques et des champs de compétence.
Approche collaborative
Le plan des priorités en matière de restauration a été élaboré à la suite d’une mobilisation importante des Premières Nations, des gouvernements, des organisations non gouvernementales environnementales, de l’industrie et des groupes communautaires. Il exprime un engagement commun en faveur de la restauration de l’habitat du poisson et de la réconciliation. Il souligne l’importance du savoir autochtone, de l’intendance et du leadership dans les efforts de restauration.
Objectifs en matière de restauration
Les sept buts régionaux à long terme ci-dessous guident les efforts de restauration. Chaque but comprend des objectifs précis et mesurables, ainsi que des paramètres suggérés à l’appui de la surveillance et de la gestion adaptative. Afin de respecter les priorités locales et la diversité des champs de compétence, les buts ne sont pas classés par ordre d’importance.
- Améliorer le passage du poisson
- Augmenter la connectivité des habitats
- Augmenter la quantité d’eau
- Améliorer la qualité de l’eau
- Augmenter la superficie des habitats riverains
- Améliorer la complexité et la diversité des habitats
- Améliorer l’hydrologie des bassins hydrographiques
Principales considérations
- La restauration doit avoir pour but d’atténuer les effets cumulatifs et d’améliorer la résilience des habitats et des espèces face aux changements climatiques.
- Pour assurer la réussite à long terme, il est essentiel de s’attaquer aux causes profondes de la dégradation et de restaurer les processus écosystémiques, tels que le transport des sédiments et l’écoulement de l’eau.
- La restauration peut constituer une étape importante dans le soutien des connaissances locales, de la revitalisation culturelle et de la souveraineté alimentaire des Premières Nations.
Mise en œuvre et utilisation
Le plan des priorités en matière de restauration sert de document de référence à l’appui des demandes de financement, de la planification des bassins hydrographiques, des documents de rétablissement, des examens réglementaires et de l’élaboration de plans de compensation. Le MPO invite les utilisateurs à appliquer les buts et objectifs du plan des priorités en matière de restauration à l’échelle locale, à intégrer les indicateurs bioculturels et à collaborer avec les différents champs de compétence.
Prochaines étapes
Le plan des priorités en matière de restauration est un document destiné à évoluer en fonction des nouvelles données, de la rétroaction et des conditions environnementales. Il sera révisé au besoin de manière à s’assurer qu’il reste pertinent et efficace.
Le MPO insiste sur le fait que les recommandations présentées dans le plan des priorités en matière de restauration sont proposées à des fins d’examen et de discussion. Le plan des priorités en matière de restauration ne doit pas être interprété comme un plan d’action définitif par le MPO ou la communauté de la restauration, mais plutôt comme un guide en appui à la planification et à la prise de mesures de restauration après un examen approfondi des besoins liés au poisson et à son habitat qui sont propres à chaque site et des menaces auxquelles ils sont exposés.
1. Introduction
Les écosystèmes aquatiques de la région du Pacifique du Canada ont été altérés par les effets cumulatifs de la dégradation de l’habitat causée par l’être humain. Les pressions anthropiques, amplifiées par les changements climatiques, ont dégradé des habitats importants, perturbé des processus écosystémiques et entraîné un déclin de populations d’espèces aquatiques . Ces répercussions menacent également le bien-être culturel, économique et écologique des collectivités qui dépendent de ces espèces et de leurs habitats.
La Stratégie pour la nature 2030 du Canada s’appuie sur des initiatives existantes et vise à atteindre les cibles du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming à Montréal. La cible 2 de la Stratégie pour la nature décrit l’engagement pris par le Canada de veiller à ce que 30 % des écosystèmes fassent l’objet de mesures de remise en état efficaces d’ici 2030. Grâce à cette stratégie, le Canada donne la priorité à la restauration des habitats afin d’améliorer la biodiversité, les processus écosystémiques et l’intégrité écologiqueFootnote 2 Depuis plus de cinq décennies, la région du Pacifique de Pêches et Océans Canada (MPO) dirige et soutient des efforts de restauration de l’habitat à l’appui d’écosystèmes aquatiques et de populations de poissons. Les initiatives récentes visant à rétablir des populations de poissons se sont concentrées sur trois les leviers de gestion suivants : 1) modification de la pêche, 2) production en écloserie et 3) restauration de l’habitat. La restauration de l’habitat est un élément clé pour améliorer les conditions de l’habitat pour les poissons, les espèces aquatiques en péril et la santé des écosystèmes ainsi que pour soutenir la biodiversité des espèces et des habitats, améliorer leur résilience aux changements climatiques et compléter les avantages de l’habitat protégé.Footnote 3Footnote 4Footnote 5
La restauration de l’habitat est également un moyen de faire progresser la réconciliation avec les Premières Nations en Colombie-Britannique (C.-B.) et au Yukon. Les efforts de restauration, lorsqu’ils sont menés ou réalisés en partenariat avec les Premières Nations, peuvent favoriser l’autodétermination, la souveraineté alimentaire, l’identité culturelle et le lien avec les terres et les eaux.
En rétablissant les relations entre l’être humain et l’écosystème afin de protéger les habitats et les espèces aquatiques, ainsi qu’en renforçant et en honorant les pratiques et les connaissances culturelles des Premières Nations, la restauration de l’habitat favorise la réconciliation grâce au respect des principes régissant la relation du Gouvernement du Canada avec les peuples autochtones, des engagements prévus dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (LDNUDPA) du Canada et des mesures prévues dans le plan d’action qui accompagne cette loi.Footnote 6
1.1 Objectif et public visé
La planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique (plan des priorités en matière de restauration) est une initiative visant à soutenir et à améliorer la planification et la coordination des projets de restauration de l’habitat. Fondé sur une vaste mobilisation, le plan des priorités en matière de restauration définit des objectifs régionaux pour la restauration de l’habitat aquatique. Conçu comme un document de référence dynamique, le plan des priorités en matière de restauration est destiné à être mis à jour périodiquement en fonction des nouvelles connaissances, des réactions de la communauté et de l’évolution des conditions environnementales, de façon à garantir qu’il reste adapté aux besoins actuels.
Le plan des priorités en matière de restauration vise à :
- définir les buts et objectifs en matière de restauration de l’habitat de la région;
- harmoniser, intégrer et rendre transparente et accessible l’information sur la restauration de l’habitat;
- soutenir la planification de la restauration de l’habitat à l’échelle du bassin hydrographique.
Le plan des priorités en matière de restauration peut être utilisé par les intervenants suivants, sans toutefois s’y limiter :
- les organisations, les communautés ou les personnes qui planifient ou mènent des activités de restauration de l’habitat;
- les organisations, les communautés ou les personnes qui financent des projets pour orienter la planification de la restauration et la sélection des projets;
- les gestionnaires de ressources et les décideurs lors de la planification et du développement (par exemple, la planification de l’utilisation des terres, les plans de gestion des bassins hydrographiques et les documents de rétablissement);
- les promoteurs qui cherchent à élaborer des plans de compensation, des réserves d’habitats ou des projets de restauration;
- les organismes de réglementation qui soutiennent la prise de décisions relatives à la conservation et à la protection du poisson et de l’habitat du poisson (par exemple, pendant l’examen réglementaire des demandes d’autorisation d’ouvrages, d’entreprises ou d’activités en vertu de la Loi sur les pêches).
1.2 Comment utiliser la planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du pacifique
Le plan des priorités en matière de restauration consolide les ressources et résume les observations de l’ensemble de la communauté de la restauration en Colombie-Britannique et au Yukon. Il peut être cité directement ou utilisé comme référence pour d’autres documents sur la restauration de l’habitat. Bien que des facteurs propres aux projets puissent influencer la conception et la planification de projets individuels, le plan des priorités en matière de restauration peut servir de ressource lors de la rédaction des demandes de financement, des plans de restauration des bassins hydrographiques et des habitats, des permis ou des plans de compensation qui peuvent être exigés dans le cadre d’une demande d’autorisation en vertu de la Loi sur les pêches.
1.3 Portée
Le plan des priorités en matière de restauration s’applique à tous les habitats aquatiques et à toutes les espèces de poissons de la région du Pacifique, des eaux d’amont aux écosystèmes littoraux. Le contenu, en particulier les buts et objectifs en matière de restauration de l’habitat (section 4), est intentionnellement large pour refléter la diversité écologique de la région du Pacifique, le vaste ensemble de Premières Nations, d’organisations et d’intervenants qui prennent part à la restauration de l’habitat, ainsi que l’échelle et l’intensité variables des perturbations de l’habitat dans toute la région. Le plan des priorités en matière de restauration est conçu pour soutenir l’élaboration de buts et d’objectifs précis de restauration de l’habitat à l’échelle des bassins hydrographiques.
1.4 Région du Pacifique
Dans le présent document, la région du Pacifique comprend la Colombie-Britannique et la majeure partie du Yukon et cadre avec la structure organisationnelle régionale du MPO (figure 1). Elle comprend environ 1,43 million de kilomètres carrés de terres (14 % du Canada) et environ 26 000 kilomètres de côtes (10,7 %), s’étendant sur environ vingt degrés de latitude et près de 6 000 mètres d’altitude. La diversité géographique de la région du Pacifique abrite un éventail d’habitats aquatiques, tels que des plaines d’inondation marines, côtières et intérieures proches du rivage, des zones humides et des ruisseaux, rivières et lacs d’eau douce. La région du Pacifique abrite plus de 500 espèces de poissons marins et dulcicoles, ainsi que les plus longues voies de migration du saumon au monde (entre 1 100 et 1 300 km pour le saumon rouge et le saumon chinook du fleuve Fraser, et jusqu’à 3 200 km pour le saumon chinook du fleuve Yukon.Footnote 7Footnote 8
La diversité biologique de la région s’est maintenue et a évolué en même temps qu’un paysage culturel très diversifié. La région du Pacifique abrite des Premières Nations distinctes et leurs gouvernements qui ont élu domicile dans la région depuis des millénaires. Sur les 12 familles de langues autochtones distinctes au Canada, six sont parlées exclusivement dans la région du Pacifique par 203 Premières Nations en Colombie-Britannique et 14 Premières Nations au Yukon.Footnote 9Footnote 10Footnote 11 Certaines Premières Nations de la région sont autonomes ou possèdent des terres visées par un traité.
Ensemble, ces territoires traditionnels favorisent des cultures diverses fondées sur des relations réciproques entre les personnes et leur environnement, soit des relations culturelles clés. Ces dernières consistent à reconnaître l’importance culturelle de toutes les espèces, leur rôle dans l’apport de nourriture et d’abri, ainsi que les interdépendances entre les plantes, les animaux, les personnes et leur rôle dans les pratiques culturelles et traditionnelles.Footnote 12
La mosaïque culturelle, biologique et géographique interconnectée de la région du Pacifique a considérablement influencé le plan des priorités en matière de restauration. Les nuučaan̓uł (Nuu-chah-nulth), sur la côte ouest de l’île de Vancouver, appellent cela hišukiš c̓awaak (tout ne forme qu’un seul tout). Ce concept, ainsi que d’autres philosophies similaires, a guidé l’élaboration du plan des priorités en matière de restauration. Par conséquent, ce plan est unique et explicitement adapté à la région et à sa communauté de restauration.
Figure 1. Carte du Canada et des sept régions administratives de Pêches et Océans Canada.
La région du Pacifique comprend la Colombie-Britannique et le Yukon.
2. Restauration de l’habitat dans la région du Pacifique
2.1 Menaces qui pèsent sur l’habitat
La perte, la modification et la dégradation de l’habitat du poisson peuvent découler de facteurs multiples et interdépendants. Ces facteurs peuvent avoir des effets négatifs et cumulatifs sur les espèces aquatiques, les écosystèmes, les économies et les personnes qui en dépendent. Dans la région du Pacifique, les causes les plus courantes de la dégradation de l’habitat sont liées à l’activité humaine :
- le développement et la modification des terres, tels que l’urbanisation, l’agriculture et les projets hydroélectriques;
- les industries d’extraction, telles que la sylviculture et l’exploitation minière;
- les infrastructures, telles que les routes, les barrages, les pipelines et les chemins de fer;
- l’aménagement et la modification des côtes, telles que la compression côtière et l’aquaculture;
- la pollution;
- le tourisme et les activités récréatives;
- les espèces aquatiques envahissantes.
La combinaison et l’interaction de multiples effets chimiques, physiques et biologiques provenant de diverses menaces ont causé la dégradation et la fragmentation de l’habitat aquatique ainsi que le déclin généralisé des populations de poissons, et les répercussions s’étendent souvent au-delà du bassin hydrographique dans lequel elles se produisent.Footnote 13Footnote 14Footnote 15 Les répercussions sont exacerbées par les changements climatiques, conduisant à des conditions plus fréquentes et extrêmes qui réduisent la résilience, le rétablissement et le potentiel de rétablissement des poissons et de leur habitatFootnote 16Footnote 17Footnote 18 Les changements climatiques entraînent les conséquences suivantes :
- augmentation des températures de l’air et de l’eau;
- acidification des océans;
- recul des glaciers;
- hausse du niveau de la mer;
- affaissement et contamination du pergélisol;
- modification des précipitations, de la fonte des neiges et de l’écoulement des cours d’eau;
- incendies de forêt et coulée de débris;
- sécheresses;
- inondations.
Les changements climatiques peuvent modifier ce qui est considéré comme « normal » dans les écosystèmes, ce qui peut rendre difficile la définition d’objectifs de restauration réalistes.Footnote 19 Par conséquent, les efforts de restauration peuvent être compromis si les menaces et l’ampleur de leurs effets ne sont pas pleinement reconnues et intégrées dans la planification de la restauration. Une adaptation efficace aux changements climatiques repose sur la compréhension des conditions climatiques actuelles et prévues afin d’éclairer la définition des objectifs, la conception des projets et leur mise en œuvre.
Les effets cumulatifs et les changements climatiques doivent être pris en compte au cours du processus de planification de la restauration afin d’améliorer les résultats et de garantir le rétablissement durable des poissons et de leur habitat. Il est essentiel d’évaluer et de comprendre les menaces à l’échelle des bassins hydrographiques afin d’élaborer des mesures précises qui s’attaquent aux causes de la dégradation de l’habitat et aux conséquences qui en résultent pour les processus écosystémiques, les espèces, les économies et les liens culturels. Les buts et objectifs de restauration de l’habitat peuvent alors cibler les causes profondes de la dégradation, ce qui conduit à une meilleure réussite de la restauration à long terme, à des processus écologiques viables et au rétablissement des espèces et des stocks préoccupants. Footnote 20Footnote 21
2.2 Réconciliation
Les Premières Nations de la région du Pacifique ont assuré l’intendance des terres et des eaux en s’appuyant sur des connaissances, des lois et des systèmes de gouvernance traditionnels qui sont toujours présents. Elles continuent à jouer un rôle essentiel dans le lancement, l’information, la direction, le maintien et l’amélioration des projets de restauration des habitats dans la région du Pacifique (encadré 1). Ainsi, la restauration menée par les Premières Nations ou en partenariat avec elles apporte des avantages aux Premières Nations et à l’ensemble de la communauté en intégrant les connaissances traditionnelles et locales, en créant des emplois locaux et des possibilités de formation et en renforçant les capacités de la communauté à assurer une gestion continue de l’environnement. À ce titre, le soutien aux travaux de restauration menés par les Premières Nations ou en partenariat avec elles est conforme aux principes régissant la relation du Gouvernement du Canada avec les peuples autochtones et aux articles énumérés dans la LDNUDPA, et il contribue à la réalisation des mesures prévues dans le plan d’action connexe (annexe 1).
L’élaboration d’objectifs de restauration de l’habitat qui incluent les relations des Premières Nations avec le paysage, telles que la pêche, la culture, les déplacements et la surveillance, peut favoriser la réconciliation en encourageant l’établissement de relations, en promouvant la renaissance des pratiques traditionnelles et en renforçant la capacité des Premières Nations à diriger des programmes d’intendance de l’environnement. Les Premières Nations ont souligné que la restauration de l’habitat leur offrait la possibilité de faire ce qui suit :
- rétablir leurs relations et renouer avec leurs terres et leurs eaux;
- exercer un leadership en matière d’intendance;
- préserver et transmettre les connaissances entre les générations;
- renforcer la participation des jeunes et les liens entre eux sur l’ensemble de leur territoire;
- encourager et retenir les professionnels locaux et les jeunes professionnels de la restauration de l’habitat.
Lors de l’élaboration du présent plan de priorités en matière de restauration, les Premières Nations de toute la région ont déclaré que la restauration durable des habitats aquatiques et des populations d’espèces nécessitait des approches compatibles avec les points de vue des Premières Nations sur les droits inhérents, le pouvoir de décision et la compétence sur leurs territoires traditionnels. Il est essentiel de reconnaître que, bien que significative, la restauration de l’habitat n’est qu’une composante d’un effort plus large et continu pour faire progresser la réconciliation. Les Premières Nations qui ont participé à l’élaboration du plan ont également fait savoir que la réconciliation exige une collaboration qui respecte les lois, les systèmes de connaissances et le leadership des Premières Nations en matière de gestion des terres et des eaux.
xʔəl̓ílwətaʔɬ (rivière Indian)
Le peuple səlilwətaɬ (Tsleil-Waututh) déploie des efforts considérables pour restaurer et améliorer d’importants habitats du saumon dans le bassin hydrographique de la xʔəl̓ílwətaʔɬ (rivière Indian). Dans le cadre du xʔəl̓ílwətaʔɬ Watershed Integrated Stewardship Plan, ce peuple crée un habitat de chenaux latéraux pour le saumon coho, évalue le saumon arc-en-ciel et les espèces de truites résidentes ainsi que les populations de saumon chinook indigènes et d’écloserie. Le peuple səlilwətaɬ donne également la priorité au rétablissement des conifères dans les forêts riveraines et les plaines d’inondation, à l’amélioration des concentrations de bois mort et à la restauration de la stabilité et de la résilience des rivières et des plaines d’inondation. La démarche consiste également à évaluer et à restaurer les fonctions écologiques de l’estuaire, à contrôler l’érosion, à éliminer les déchets de bois contaminés, à améliorer la qualité de l’eau et à supprimer les barrières à poissons créées par l’être humain.
2.3 Historique et rôle du mpo dans la restauration de l’habitat dans la région du pacifique
Dans les années 1950, les inquiétudes croissantes concernant le déclin des stocks de saumons ont amené le MPO à mener des expériences fondées sur l’utilisation de chenaux de fraie artificiels et l’ensemencement de lacs pour soutenir l’élevage du saumon rouge dans les deux décennies qui ont suivi.Footnote 22Footnote 23 La création du Programme de mise en valeur des salmonidés (PMVS) en 1977 reposait initialement sur un accord officiel entre le MPO et la province de la Colombie-Britannique visant à accroître la survie des salmonidés dans les eaux douces.Footnote 24 Entre les années 1990 et 2010, le PMVS a évolué pour inclure le Programme de participation communautaire et les unités de restauration des ressources. Ces équipes ont travaillé avec des groupes communautaires externes, en se concentrant sur les opérations des écloseries communautaires et les chenaux de fraie, et en soutenant une série d’initiatives de restauration de l’habitat.Footnote 25
En 2021, à la suite d’un investissement historique du gouvernement du Canada dans la lutte contre le déclin du saumon sauvage du Pacifique, financé par l’Initiative de la Stratégie relative au saumon du Pacifique, le MPO a élargi son programme de restauration de l’habitat en lançant le Centre d’expertise en restauration de l’habitat (CERH). De 2021 à 2025, le CERH a soutenu la communauté de la restauration et collaboré avec elle pour résoudre les problèmes d’habitat qui menacent les poissons dans la région du Pacifique, en particulier le saumon du Pacifique. Le CERH soutient la conservation et la reconstitution du saumon du Pacifique en élaborant et en mettant en œuvre des stratégies visant à :
- établir et entretenir des partenariats solides pour faire progresser les objectifs de restauration de l’habitat du saumon;
- promouvoir, appuyer et mettre en œuvre les travaux de restauration dans les secteurs prioritaires;
- élaborer et mettre en œuvre des activités de suivi et de recherche pour veiller à ce que les activités de restauration soient novatrices, efficaces et fondées sur la science;
- communiquer les progrès scientifiques, les pratiques émergentes et les leçons tirées de la restauration de l’habitat grâce à des activités d’échange de connaissances afin de promouvoir une utilisation plus uniforme des techniques et des outils.Footnote 26
Les efforts de restauration de l’habitat déployés par le CERH reposent sur des partenariats et une collaboration avec la communauté de la restauration. La restauration de l’habitat est désormais largement menée par ces organisations, avec le soutien et les conseils du CERH lorsque cela est nécessaire (encadré 2).
Des centaines de projets de restauration d’habitat ont été menés à bien dans des habitats d’eau douce, littoraux et marins de la région du Pacifique. Parmi ces projets, la restauration d’habitats d’eau douce s’est largement concentrée sur l’amélioration des habitats de fraie et d’alevinage essentiels pour les salmonidés, la connectivité hydrologique et la structure des plaines d’inondation adjacentes. Par exemple :
- la création et la restauration d’habitats d’alevinage et de fraie hors de chenaux;
- l’installation de bois mort ou de structures rocheuses;
- la stabilisation des berges, des rives et des pentes;
- le rétablissement de l’écoulement et la reconnexion d’habitats fragmentés (encadré 3);
- l’élimination ou la modification d’obstacles, tels que les ponceaux et les barrages;
- l’enrichissement en nutriments;
- la gestion des espèces aquatiques envahissantes.
Dans les zones littorales et marines, les projets de restauration de l’habitat se sont largement concentrés sur l’amélioration des habitats de fraie et d’alevinage essentiels pour les espèces aquatiques, sur la restauration des zones d’alimentation traditionnelles pour les Premières Nations et sur le renforcement de la résilience côtière. Par exemple :
- plantation de zostère et de végétaux dans des marais intertidaux et des zones riveraines;
- rétablissement de l’écoulement et reconnexion d’habitats fragmentés (encadré 4);
- enlèvement ou ajout de sédiments;
- remblayage et stabilisation du littoral à l’aide de méthodes fondées sur la nature;
- plantation d’espèces de zostère et de varech dans les zones infratidales;
- gestion des espèces aquatiques envahissantes;
- surpâturage par des herbivores envahissants;
- restauration de zones coquillières.
Restauration du Red Slough
La Première Nation de Katzie, ainsi que le MPO, la Lower Fraser Fisheries Alliance, le Fonds mondial pour la nature, la BC Parks Foundation et Age of Union, ont rétabli le débit du Red Slough dans le cours supérieur de la rivière Pitt, dans le sud de la Colombie-Britannique. Le Red Slough n’a pas été rattaché à la rivière Pitt pendant plus d’un siècle en raison d’une infrastructure d’exploitation forestière héritée du passé. Dans le cadre de cette initiative, des jeunes et des Aînés de la Première Nation de Katzie ont planté de la végétation indigène, ce qui constitue une étape importante dans le renforcement du lien permanent de la Première Nation de Katzie avec son territoire traditionnel, tout en restaurant d’importants habitats d’alevinage et de fraie pour le saumon.
Des travaux d’urgence dans la rivière Kispiox
Des travaux d’urgence dans la rivière Kispiox, dans le nord de la Colombie-Britannique, ont permis d’améliorer l’habitat des poissons touchés par la sécheresse pendant la montaison du saumon rouge. Les efforts ont notamment consisté à rétablir le débit de l’eau dans les sections de la rivière où les poissons étaient bloqués. Gitksan Watershed Authorities et le Centre d’expertise en restauration du MPO ont effectué des évaluations aériennes, des travaux de dragage manuel et des mises en place de roches pour concentrer les flux d’eau et permettre le passage des poissons vers l’amont.
Éliminer des digues agricoles
La restauration de l’estuaire des rivières Cowichan et Koksilah, sur la côte est de l’île de Vancouver, a permis d’éliminer des digues agricoles afin de reconnecter les chenaux intertidaux et l’habitat des marais intertidaux. L’estuaire de la rivière Cowichan et l’habitat littoral sont importants pour le saumon du Pacifique, le hareng, les coquillages, les oiseaux migrateurs et les mammifères marins.
3. Espèces de poissons, zones et processus écosystémiques dans la région du Pacifique
Dans le cadre national, chaque région du MPO a été chargée de désigner les espèces de poissons, les zones et les processus écosystémiques importants. Au cours des phases de mobilisation, la communauté de la restauration a convenu de l’importance de reconnaître les interconnexions complexes (hišukiš c̓awaak) entre les espèces, les habitats, les processus écosystémiques et les personnes qui ont des relations réciproques avec eux. Dans ce contexte, la communauté de la restauration de la région du Pacifique définit le terme « importance » comme quelque chose qui a une valeur significative pour ceux qui en dépendent.
La communauté de la restauration s’est appuyée sur les valeurs ci-dessous, qui sont interconnectées et qui se chevauchent, pour déterminer ce qui était important.
- L’importance écologique fait référence au rôle d’une espèce ou d’un écosystème dans le succès, la survie, la condition physique et le bien-être d’autres espèces ou écosystèmes. Par exemple, une espèce peut constituer une importante source de nourriture, contribuer à l’ingénierie, à la création ou au maintien de son habitat ou importer des nutriments limitants et favoriser une croissance nouvelle ou plus importante pour d’autres espèces. Les espèces qui ont une grande importance écologique peuvent avoir une influence considérable sur la structure et la fonction de l’écosystème, comme les espèces clés, ou peuvent inclure des espèces en péril ou des espèces dont l’abondance est faible ou élevée.Footnote 27 Les écosystèmes de grande valeur peuvent, par exemple, présenter une grande biodiversité, être rares dans le paysage ou abriter des espèces qui ont été identifiées comme ayant une grande valeur par les personnes qui en dépendent.
- L’importance culturelle fait référence à la signification traditionnelle, historique, sociale, médicinale ou spirituelle d’une espèce ou d’un écosystème pour les générations passées, présentes et futures. Il s’agit notamment des espèces utilisées à des fins alimentaires, sociales ou cérémonielles et de celles considérées comme des espèces clés sur le plan culturel.Footnote 28
- L’importance commerciale fait référence au rôle de l’espèce ou de l’écosystème dans une pêche à but lucratif (par exemple, la capture, la pêche ou la récolte).
- L’importance récréative reconnaît les espèces de poissons et les écosystèmes utilisés pour la pêche non commerciale.
3.1 Espèces de poissons
La communauté de la restauration a recensé de nombreuses espèces de poissons revêtant une grande importance culturelle, écologique, commerciale ou récréative (Ce que nous avons entendu : annexe 3). Bien que de nombreux participants au processus de mobilisation aient souligné l’importance de toutes les espèces et de leurs interconnexions, les espèces ci-dessous ont été citées en exemple à plusieurs reprises dans les sondages, les témoignages et les réponses écrites.
3.1.1 Saumon du Pacifique
Le saumon chinook (Oncorhynchus tshawytscha), le saumon kéta (O. keta), le saumon coho (O. kisutch), le saumon rose (O. gorbuscha) et le saumon rouge (O. nerka) sont profondément ancrés dans les écosystèmes et la culture de la région du Pacifique. Les saumons du Pacifique commencent leur vie en eau douce. Certaines espèces se développent rapidement et partent vers l’océan quelques semaines après avoir émergé du gravier, tandis que d’autres poursuivent leur croissance en eau douce pendant un an ou deux. Les saumons se nourrissent et atteignent la maturité dans l’océan, puis retournent en eau douce pour frayer, généralement dans les mêmes cours d’eau où ils sont nés, apportant des nutriments qui favorisent la croissance, la diversité et la densité d’autres espèces et écosystèmes.Footnote 29Footnote 30Par exemple, les épaulards résidents sont des spécialistes des salmonidés et la dynamique de leurs populations est liée à l’abondance du saumon chinook.Footnote 31
Il existe environ 9 000 populations de saumons sauvages du Pacifique, regroupées en 450 unités de conservation génétiquement et écologiquement distinctes, qui remontent plus de 1 000 ruisseaux et rivières pour frayer en Colombie Britannique et au Yukon.Footnote 32 Les saumons du Pacifique sont une source de nourriture importante pour de nombreuses Premières Nations, et ils occupent une place prépondérante dans l’art, les récits, les cérémonies et l’économie. Ils soutiennent également les industries des pêches commerciales et récréatives, qui représentent des retombées de plusieurs millions de dollars.Footnote 33 La Politique du Canada pour la conservation du saumon sauvage du Pacifique guide le Canada et ses partenaires dans la protection et la conservation de cinq espèces de saumons du Pacifique et de leurs habitats contre les menaces communes, notamment la pêche, la sylviculture, l’exploitation minière, l’agriculture, le développement urbain et hydroélectrique, l’aquaculture et les changements climatiques.Footnote 34Footnote 35 D’importantes ressources ont été investies dans la conservation et la restauration de l’habitat du saumon du Pacifique, l’amélioration de la pêche durable, le soutien à la reconstitution des stocks par la production en écloserie et le maintien des liens culturels.Footnote 36
3.1.2 Truite, omble, ombre et corégone
Dans toute la région du Pacifique, d’autres espèces de salmonidés ont été recensées comme ayant une valeur écologique et économique régionale :
- la truite fardée versant de l’ouest (Oncorhynchus lewisi lewisi)
- la truite fardée côtière (Oncorhynchus clarkii clarkii)
- la truite arc-en-ciel et le saumon arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss)
- l’omble à tête plate (Salvelinus confluentus)
- le Dolly Varden (Salvelinus malma)
- le touladi (Salvelinus namaycush)
- l’ombre arctique (Thymallus arcticus)
- le ménomini des montagnes (Prosopium williamsoni)
- le grand corégone (Coregonus clupeaformis)
Les cycles de vie des salmonidés sont variés; il existe des populations de type lacustre, fluvial, migratoire et résident, et certaines populations de truite arc-en-ciel (anadrome), de Dolly Varden et de truite fardée côtière migrent vers l’océan à l’âge adulte et retournent en eau douce pour frayer. L’industrie de la pêche récréative est évaluée à 498 millions de dollars par an en Colombie-Britannique.Footnote 37Footnote 38
Les salmonidés prospèrent dans des habitats propres, frais et connectés. Les menaces qui pèsent sur les salmonidés sont la perte et la fragmentation de l’habitat, les modifications de la température de l’eau attribuables aux changements climatiques, la dégradation de la qualité de l’eau, la perte de zones riveraines intactes et la surexploitation.Footnote 39
3.1.3 Hareng du Pacifique
Le hareng du Pacifique (Clupea pallasii) est un poisson pélagique qui se rassemble en bancs et qui constitue un élément central du réseau trophique marin le long de la côte du Pacifique. Il est une source de nourriture essentielle pour le saumon chinook et le saumon coho, et il est un poisson-fourrage important pour d’autres prédateurs, notamment des pinnipèdes, des baleines et des oiseaux de mer. Au printemps, le hareng du Pacifique pond ses œufs sur du varech et de la zostère dans des habitats littoraux et estuariens. Les larves et les jeunes harengs restent dans les habitats côtiers pendant leur premier été avant de se déplacer vers le large une fois qu’ils sont adultes.
Les Premières Nations ont pour tradition de pêcher le hareng du Pacifique et de récolter ses œufs. Il s’agit d’une espèce culturelle clé pour de nombreuses Premières Nations en raison de son régime alimentaire saisonnier, des cérémonies, des potlatchs et de l’économie.Footnote 40 Le hareng du Pacifique soutient également une importante pêche commerciale dans la région.Footnote 41 Il a déjà été abondant, mais au cours du siècle dernier, son abondance a diminué.Footnote 42 Les menaces qui pèsent sur le hareng du Pacifique sont la surpêche, l’approvisionnement en nourriture, la prédation par des mammifères marins, la perte de l’habitat de fraie et l’évolution des conditions océaniques. Le hareng du Pacifique et son habitat sont liés à l’être humain, à d’autres espèces et aux écosystèmes de la côte.
3.1.4 Eulakane
L’eulakane (Thaleichthys pacificus) est une espèce d’éperlan qui passe environ 95 % de sa vie dans l’environnement marin avant de revenir frayer en eau douce. Dans la région du Pacifique, l’aire de répartition de l’eulakane s’étend de la rivière Nass au fleuve Fraser. L’espèce fraye dans des cours d’eau côtiers reliés à des rivières glaciaires ou alimentés par le manteau neigeux qui subissent donc de fortes crues printanières.
La forte teneur en graisse de l’eulakane a fait de ce poisson une source importante de nourriture pour les Premières Nations, qui est partagée lors des célébrations et qui a servi de lien commercial entre les Premières Nations de la côte et de l’intérieur.Footnote 43 Ce poisson peut être consommé frais, séché, fumé, salé et congelé, et il est distribué lors de potlatchs. En outre, l’huile d’équarrissage, ou graisse d’eulakane, est prisée pour ses propriétés médicinales.
Les populations d’eulakanes ont diminué au cours du siècle dernier, et des baisses importantes ont été observées au cours des cinquante dernières années. Aucune cause unique n’a été attribuée à ce déclin, mais les hypothèses incluent la perte d’habitat en eau douce, la prédation par des pinnipèdes, l’altération des conditions marines attribuable aux changements climatiques et les prises accessoires dans les pêches commerciales.Footnote 44
3.1.5 Esturgeon blanc
L’esturgeon blanc (Acipenser transmontanus) est un poisson qui vit longtemps (jusqu’à 100 ans) et dont la durée d’une génération est comprise entre 30 et 40 ans. Il existe six populations d’esturgeons blancs, toutes présentes dans la région du Pacifique : les populations des cours inférieur, moyen et supérieur du fleuve Fraser, de la rivière Nechako, de la rivière Kootenay et du cours supérieur du fleuve Colombia. L’esturgeon blanc passe la majeure partie de sa vie en eau douce, mais il a été observé dans le détroit de Georgia, le détroit de Juan de Fuca et l’estuaire du fleuve FraserFootnote 45 La valeur de la pêche récréative de l’esturgeon blanc dans le fleuve Fraser est estimée à 20 millions de dollars par an.Footnote 46 Les Premières Nations pêchent traditionnellement l’esturgeon blanc en tant que nourriture et que médicament, et elles utilisent sa chair et sa moelle épinière lors de cérémonies.Footnote 47
Plusieurs menaces liées à l’habitat limitent la survie de l’esturgeon blanc, notamment la dégradation et la perte d’habitat causées par les barrages, les eaux de retenue, la canalisation et les digues. Ces obstacles construits bloquent l’accès aux sites de fraie et de recherche de nourriture, modifient les régimes d’écoulement et diminuent la turbidité en aval, ce qui entraîne des changements dans la disponibilité de la nourriture et une augmentation de la prédation des juvéniles.Footnote 48
3.1.6 Bivalves marins
Les bivalves marins sont communément présents dans les zones marines littorales peu profondes et les estuaires, et ils constituent une source d’alimentation courante pour les communautés côtières. Des secteurs coquilliers cultivés et entretenus traditionnellement sont des sites de récolte importants, et les Premières Nations utilisent les bivalves à des fins de cérémonies et de commerce depuis des milliers d’années.Footnote 49Footnote 50 Les espèces présentes le long des zones marines littorales, dans les estuaires et dans les secteurs coquilliers varient en fonction des conditions locales, mais il peut s’agir des suivantes :
- coques (Clinocardium nuttallii)
- palourde du Pacifique (Leukoma staminea)
- palourde jaune (Saxidomus gigantea)
- fausses-mactres (Tresus spp.)
- panope du Pacifique (Panopea Generosa)
- palourde japonaise (Venerupis philippinarum)après son introduction au début des années 1900.
Les menaces qui pèsent sur les bivalves marins sont l’acidification des océans, l’élévation du niveau de la mer, la pollution et les espèces envahissantes. La perte d’habitat dans les estuaires et les platins due à l’élévation du niveau de la mer peut également être exacerbée par l’aménagement du littoral.Footnote 51 La diminution de l’abondance et les restrictions de récolte causées par la pollution ont réduit la sécurité alimentaire et restreint les pratiques culturelles des communautés qui dépendent de ces espèces.Footnote 52
3.2 Zones
Le plan des priorités en matière de restauration énumère des zones géographiques particulières, y compris des bassins hydrographiques et des zones côtières dans toute la région du Pacifique, qui ont été désignées par la communauté de la restauration (Ce que nous avons entendu : annexe 4). Cette liste a été établie par les participants à la mobilisation et comprend des lieux où ces participants vivent, des lieux où ils sont en contact avec la nature ou des lieux qui contribuent à leur subsistance. Bien que cette liste ne soit pas exhaustive, elle souligne l’importance de la connectivité entre les principaux types d’habitats dans un bassin hydrographique qui abritent directement et indirectement des poissons (figure 2). Les principales caractéristiques de chaque type d’habitat sont décrites ci-dessous afin d’orienter la planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson. Des exemples notables de chaque type d’habitat de la région du Pacifique ont été mis en évidence tout au long de cette section.
Figure 2. Principaux types d’habitats et caractéristiques des bassins hydrographiques dans la région du Pacifique.
Version textuelle
Principaux types d’habitats et caractéristiques des bassins hydrographiques dans la région du Pacifique.
- En-tête
- Eau douce
- Lac
- Cours principal
- Zone humide sans marée
- Plaine inondable
- Eaux saumâtres
- Zones côtières près du rivage - estuaire
- Zones côtières près du rivage - herbier de zostère
- Zones côtières près du rivage - Lit de varech
- Eau salée
3.2.1 Eaux d’amont
Les eaux d’amont sont les parties les plus élevées des systèmes d’eau douce. Elles forment des cours d’eau pérennes, intermittents et éphémères, et elles constituent une grande partie des réseaux fluviaux à l’échelle mondiale.Footnote 53Footnote 54 Les eaux d’amont sont souvent inaccessibles pour les poissons, mais qu’elles soient accessibles ou non, elles assurent des processus écosystémiques essentiels, tels que le stockage de l’eau froide, sont des sources importantes de débris ligneux, de nutriments, de nourriture et de sédiments pour les cours d’eau poissonneux situés en aval, et fournissent un habitat lorsqu’elles sont accessibles pour les poissons et d’autres organismes aquatiques et riverains. Les eaux de ruissellement et les eaux souterraines provenant des sources transportent des sédiments, du bois, des matières organiques, des nutriments, des contaminants chimiques, des poissons, des amphibiens, des invertébrés et d’autres micro-organismes.Footnote 55
Les eaux d’amont constituent souvent de petits cours d’eau sensibles aux paysages environnants. Les modifications de la quantité et de la qualité des eaux d’amont peuvent avoir des effets cumulatifs importants en aval.Footnote 56 Les cours d’eau d’amont influencent la fréquence et l’ampleur des inondations en aval. L’intégrité des pentes, des forêts et des zones riveraines est essentielle pour les cours d’eau d’amont et leur capacité à maintenir des régimes d’écoulement qui profitent aux écosystèmes en aval. Les modifications de l’utilisation des sols, telles que la récolte de bois et l’aménagement de routes, peuvent menacer la santé et le bon fonctionnement des eaux d’amont et des habitats en aval. Par exemple, la récolte de bois dans des zones riveraines de la rivière Thompson Nord a entraîné une élévation de la température de l’eau dans les habitats d’alevinage du saumon coho.Footnote 57
Cours d'eau de tête du basin versant de la rivière Taku
Prenant naissance sur le territoire traditionnel de la Première Nation des Tlingits de la rivière Taku, les eaux d’amont du bassin hydrographique de la rivière Taku commencent sur le plateau Stikine, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, près de la frontière avec le Yukon. Le bassin hydrographique de la rivière Taku englobe plus de 25 000 km2 et se caractérise par des sommets alpins, des forêts boréales et des lacs glaciaires. Cinq espèces de saumons du Pacifique sont présentes dans le bassin hydrographique de la rivière Taku, et on estime que plus de deux millions de saumons par an effectuent une migration de fraie. Les sources de la rivière Taku sont relativement intactes et peu aménagées. En 2023, la Première Nation des Tlingits de la rivière Taku a déclaré 60 % du bassin hydrographique de la rivière Taku comme aire protégée de conservation autochtone. Les menaces les plus importantes dans les eaux d’amont de la rivière Taku sont liées à l’exploitation minière et aux changements climatiques d’origine humaine, notamment la sécheresse, le retrait des glaciers et les incendies de forêt.Footnote 58
3.2.2 Cours d’eau principaux
Les cours d’eau principaux sont des habitats essentiels pour les poissons parce qu’ils leur offrent des refuges en eaux profondes et des sites d’hivernage et qu’ils assurent des fonctions écologiques qui favorisent la croissance et des cycles de vie diversifiés. Les cours d’eau principaux sont des voies de migration cruciales pour divers poissons diadromes, dont le saumon, le saumon arc-en-ciel et la lamproie, ainsi que des poissons résidents, comme la truite arc-en-ciel, la lotte et l’omble à tête plate. Les éléments des cours d’eau principaux qui ont des répercussions sur les poissons comprennent les barrières qui bloquent à la fois l’accès latéral aux plaines d’inondation et l’accès longitudinal. Les autres effets de l’urbanisation sont les projets linéaires, l’extraction d’eau, les barrages hydroélectriques, les eaux de ruissellement contaminées, l’utilisation de véhicules de loisirs motorisés et l’augmentation de la température de l’eau attribuable aux changements climatiques; ils représentent des défis pour les poissons dans les cours d’eau principaux.
L'estuaire du fleuve Fraser
Le bassin du fleuve Fraser est le plus long fleuve entièrement contenu dans la Colombie-Britannique. Il s’étend sur environ 1 375 km et draine environ 234 000 km2 (un quart de la Colombie-Britannique). Le fleuve et ses affluents sont connus pour être l’une des plus importantes rivières à saumon du monde, abritant les cinq espèces de saumon du Pacifique. Le Fraser abrite de nombreux autres poissons, dont le saumon arc-en-ciel, l’eulakane, l’esturgeon blanc et de nombreuses espèces résidentes.
La plaine d’inondation du fleuve Fraser, de Hope à la mer des Salish, est la zone la plus densément peuplée de la région du Pacifique. On y trouve des terres agricoles productives formées de sédiments alluvionnaires riches en nutriments. Un réseau de digues, de murs de protection contre les inondations et de stations de pompage a été construit pour protéger les infrastructures, mais il a rendu les habitats hors chenal et les plaines inondables inaccessibles aux poissons.
Le fleuve Fraser se jette dans le détroit de Georgia et constitue le plus grand estuaire de la Colombie-Britannique, composé d’un réseau de marais intertidaux, de chenaux, de vasières et d’herbiers de zostère. Des millions de saumons juvéniles en migration vers la mer traversent chaque année l’estuaire du Fraser. Le delta du fleuve Fraser est reconnu comme une «zone humide d’importance internationale» selon Ramsar et abrite la plus grande concentration d’oiseaux hivernant au Canada.
Les Premières Nations de toute la Colombie-Britannique sont depuis longtemps liées au fleuve Fraser, entretenant des relations réciproques avec le fleuve pendant les migrations des saumons. L’importance du fleuve Fraser s’étend à de nombreuses Premières Nations de la région.
3.2.3 Plaines d’inondation
Les plaines d’inondation sont des zones plates et adjacentes à des cours d’eau qui sont formées par le transport et le dépôt de sédiments fluviaux au fil du temps. Elles sont actives de manière saisonnière ou intermittente pendant les périodes où le débit de l’eau est plus élevé. La connectivité latérale entre les chenaux principaux et les plaines d’inondation offre divers habitats, tels que des chenaux latéraux, des lacs en croissant, des barres de méandre, des méandres et des marécages.Footnote 59 De nombreuses espèces de poissons dépendent des plaines d’inondation pour se nourrir, grandir et se réfugier à différents stades de leur vie.
Les plaines d’inondation sont également des zones de stockage d’eau essentielles qui absorbent l’eau pendant les inondations et qui rechargent les sources d’eau souterraines. Elles réduisent physiquement l’ampleur des inondations en atténuant la quantité d’eau en aval, la vitesse d’écoulement et les forces érosives, offrant ainsi un refuge aux poissons pendant les périodes de débits extrêmes. En outre, les plaines d’inondation filtrent l’excès de sédiments et de polluants, améliorent la qualité de l’eau, tamponnent les débits élevés et augmentent le stockage de l’eau. Elles augmentent la résilience d’un bassin hydrographique face aux changements climatiques en stockant les eaux souterraines en cas de sécheresse et en formant des coupe-feu naturels.Footnote 60 Les menaces qui pèsent sur les plaines d’inondation sont l’aménagement, la modification de l’hydrologie, la perte de connectivité latérale et la canalisation.
3.2.4 Lacs
Les lacs constituent un habitat important pour l’alimentation, l’alevinage, la fraie et l’hivernage de nombreuses espèces de poissons. Les lacs offrent des zones de fraie aux poissons le long des deltas ou des hauts-fonds, près de l’embouchure des affluents ou dans les décharges. La composition des espèces de poissons d’un lac dépend de la profondeur et de la température de l’eau, du nombre et du type de plantes aquatiques, des nutriments et du substrat (par exemple, de la boue, du sable ou des roches). Les lacs soutiennent également les poissons en aval et leur habitat dans les cours d’eau principaux et autres plans d’eau en fournissant de l’eau, de la nourriture et des sédiments. Les barrages hydroélectriques et autres structures qui retiennent les cours d’eau et les lacs, connus sous le nom de réservoirs, peuvent modifier les régimes d’écoulement et thermiques, le transport des sédiments, isoler les populations de poissons et la composition des communautés de poissons.Footnote 61
3.2.5 Zones humides non soumises aux marées
Les zones humides sont des habitats productifs qui se trouvent là où se rencontrent un milieu d’eau douce et un milieu terrestre, souvent près des eaux d’amont et dans des plaines inondables. Elles comprennent les marais, les marécages, les eaux libres peu profondes, les tourbières et les fens. Les zones humides servent d’habitat d’alimentation, d’alevinage et de refuge à de nombreuses espèces de poissons. La connectivité entre ces habitats est essentielle pour de nombreuses espèces de poissons, en particulier celles qui vivent dans les plaines inondables de grands cours d’eau.
Les zones humides soutiennent aussi indirectement les poissons et d’autres espèces en filtrant les sédiments, en absorbant les nutriments et les contaminants, en captant l’eau en période de crue et en la relâchant en période d’étiage, et en constituant une source de matière organique essentielle pour le plancton et le benthos, qui sont à la base des réseaux trophiques dont dépendent les poissons. Les zones humides constituent un important puits de carbone, et elles sont menacées par le développement et les changements d’affectation des sols dans toute la région.Footnote 62
Zones humides du fleuve Columbia
Les zones humides du fleuve Columbia constituent l’un des plus grands complexes de zones humides de la Colombie-Britannique. Elles s’étendent sur 180 kilomètres à travers 26 000 hectares, entre les chaînes de montagnes Purcell et Rocheuses, sur les territoires traditionnels de la Première Nation Akisq’nuk et de la bande de Shuswap. Les zones humides du fleuve Columbia sont reconnues comme des «zones humides d’importance internationale» aux termes de la Convention de Ramsar, ce qui témoigne de leur valeur mondiale. Les zones humides du fleuve Columbia sont un haut lieu de la biodiversité, avec plus de 260 espèces d’oiseaux, de nombreux poissons, tels que la lotte, l’omble à tête plate, le ménomini des montagnes et la truite fardée versant de l’ouest, des reptiles, des amphibiens, des mammifères et d’innombrables invertébrés. En outre, ils constituent un élément essentiel de la voie de migration du Pacifique, une voie de migration de la sauvagine entre les zones de nidification de l’océan Arctique et les zones d’hivernage d’Amérique du Sud.
Le complexe de zones humides est menacé par les changements climatiques et par de nombreux vestiges de structures qui ont servi jadis à confiner le courant de l’eau dans le chenal principal pour la circulation des bateaux à aubes au début du XXe siècle. D’autres infrastructures empêchent le recrutement de gravier dans la plaine d’inondation, ce qui érode encore le fonctionnement de la plaine d’inondation et de ses zones humides. Le mélange de régimes fonciers publics et privés et près de 100 plans de gestion différents concernant les zones humides du fleuve Columbia compliquent les initiatives de restauration. Des travaux sont en cours pour élaborer une stratégie de restauration intégrée pour la zone. En collaboration avec les Columbia Wetlands Stewardship Partners, un programme de restauration dirigé par Living Lakes Canada, a ciblé un certain nombre de caractéristiques qui limitent les processus de la rivière et des zones humides. L’objectif est de donner la priorité aux actions qui permettront de restaurer les processus écosystémiques dans l’ensemble du complexe de zones humides.
3.2.6 Zones côtières près du rivage
Les zones côtières près du rivage comprennent les marais intertidaux, les marais salés, les prairies marines et les zones intertidales et infratidales. Les habitats près du rivage permettent à de nombreuses espèces de poissons de se reproduire, de se nourrir et de migrer, et il s’agit d’un habitat essentiel pour les communautés d’invertébrés marins, notamment les bivalves marins. Outre leur rôle écologique de soutien aux poissons et à la biodiversité de la faune, les zones près du rivage filtrent les polluants, améliorent la qualité de l’eau et séquestrent le carbone. Elles contribuent à atténuer les changements climatiques en piégeant les sédiments et en réduisant les risques d’inondation et d’érosion par la dissipation de l’énergie des vagues, des ondes et des courants.Footnote 63
Les estuaires, les herbiers de zostère et les habitats près du rivage sont menacés par l’augmentation du trafic maritime et sont de plus en plus coincés entre le développement côtier, l’élévation du niveau de la mer et les infrastructures fixes, telles que les digues et le remblai.
3.2.6.1 Estuaires
Les estuaires sont des zones où les habitats d’eau douce et d’eau marine se chevauchent. Ils sont très productifs pour les micro-organismes, les poissons, la faune et la flore, et ils soutiennent directement des réseaux trophiques complexes qui comprennent des proies terrestres, marines et dulcicoles disponibles pour de nombreuses espèces. Les conditions estuariennes changent en fonction du débit du fleuve, des marées et des conditions météorologiques, créant une mosaïque d’habitats adaptés à un large éventail de plantes et d’animaux. De nombreux animaux se reproduisent et passent la première partie de leur vie dans les estuaires, notamment les saumons juvénilesFootnote 64 Les estuaires constituent des habitats pour les saumons juvéniles qui s’acclimatent à l’eau salée lors de leur migration vers l’océan. Les saumons qui passent plus de temps dans des estuaires productifs deviennent plus gros et ont plus de chances de survivre en mer. Les estuaires constituent également un habitat essentiel et une source de nourriture pour des invertébrés, tels que les crabes et les crevettes, ainsi que pour d’autres espèces de poissons, notamment le hareng et l’anchois.
L'estuaire de la rivière Skeena
L’estuaire de la rivière Skeena, situé à l’endroit où la rivière Skeena contourne un groupe d’îles et rejoint la mer dans le nord de la Colombie-Britannique, se trouve sur les territoires traditionnels des Premières Nations Gitxaala, Kitselas, Kitsumkalum, Metlakatla, Lax Kw’alaams et Tsimshian. Cet estuaire écologiquement riche est caractérisé par de vastes herbiers de zostère, des populations de varech, des vasières et des passages intertidaux peu profonds. Plus de 50 unités de conservation distinctes de cinq espèces de saumons du Pacifique dépendent de l’habitat d’alevinage fourni par l’estuaire de la rivière Skeena. Les saumons juvéniles du Pacifique utilisent les estuaires pour grandir rapidement tout en s’adaptant lentement à leur nouvel environnement salin. L’estuaire de la rivière Skeena est également le lieu de reproduction de l’eulakane, de migration et d’hivernage du gibier d’eau, ainsi que de la faune sauvage, y compris l’orignal qui y hiverne et met bas.
3.2.6.2 Herbiers de zostère marine
La zostère marine (Zostera marina) est une herbe marine à fleurs que l’on trouve dans les estuaires, les baies côtières peu profondes, les bras de mer et les rivages de la côte Pacifique. Les herbiers de zostère marine fournissent un habitat à de nombreuses espèces aquatiques, de la matière organique pour les organismes filtreurs, tels que les palourdes et autres bivalves, séquestrent le carbone et dissipent l’énergie des vagues. En plus d’être une source de nourriture et de médicaments pour de nombreuses Premières Nations côtières, les herbiers marins sont profondément liés à leur épanouissement spirituel et à leur culture.Footnote 65
Zostère marine
La baie Clayoquot s’étend sur plus de 2 600 km2 de bras de mer et de paysages variés sur la côte ouest de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, dans les territoires traditionnels des Premières Nations Tla-o-qui-aht, Hesquiaht et Ahousaht. Il s’agit d’une Réserve de biosphère de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Les zones intertidales abritées et les vasières de la baie de Clayoquot abritent une myriade de prairies de zostère marine (Zostera marina) qui constituent un habitat important pour de nombreuses espèces de poissons, notamment les jeunes saumons du Pacifique et les harengs du Pacifique en période de fraie, les crustacés, les bivalves marins et bien d’autres espèces. Les herbiers de zostère sont des écosystèmes très productifs qui servent de puits de carbone, en stockant le carbone atmosphérique dans la biomasse végétale et les sédimentsFootnote 66
3.2.6.3 Herbiers de varech
Les herbiers de varech formant une canopée, notamment le nereocystis de Lutke (Nereocystis luetkeana) et la laminaire géante (Macrocystis pyrifera), créent un habitat complexe pour le hareng, le lançon, les sébastes, la morue-lingue, les saumons, les crevettes, les crabes, les oursins, les étoiles de mer, les ormeaux et d’innombrables autres invertébrés marins. De nombreuses Premières Nations côtières dépendent des herbiers de varech pour la pêche de subsistance et la récolte de nourriture, comme les œufs de hareng.Footnote 67
Les herbiers de varech atténuent l’énergie des vagues, ce qui contribue à réduire l’érosion du littoral et à atténuer les ondes de tempête en amortissant les vagues. Ils apportent également des nutriments aux eaux littorales sous forme de fucus et séquestrent de grandes quantités de carbone. Dans la région du Pacifique, les menaces qui pèsent sur l’abondance et la répartition des herbiers de varech sont associées à l’augmentation de la température des océans et au surpâturage par les oursinsFootnote 68 Les saumons et les poissons-fourrages dépendent de ces herbiers, ce qui montre l’interdépendance entre les espèces et les écosystèmes.Footnote 69
Populations de varech, Haida Gwaii
Les forêts sous-marines de varech de l’archipel Haida Gwaii, au large de la côte ouest de la Colombie-Britannique, sont des écosystèmes importants pour la vie marine côtière. Dans le territoire traditionnel de la Nation haïda, le nereocystis de Lutke (Nereocystis luetkeana) et la laminaire géante (Macrocystis pyrifera) forment de grandes canopées flottantes qui servent d’aires de croissance et d’alimentation pour des crustacés, diverses communautés de poissons, dont les saumons du Pacifique et les sébastes, l’ormeau nordique et des mammifères marins. L’abondance des forêts de varech au large de Haida Gwaii a diminué au cours du siècle dernier, en partie en raison du réchauffement des températures océaniques, de la disparition de la loutre de mer et de l’augmentation consécutive des populations d’oursins, qui se nourrissent des forêts de varechFootnote 70Footnote 71
3.3 Processus écosystémiques et restauration fondée sur les processus
La restauration des processus écosystémiques à l’échelle d’un bassin hydrographique permet de rétablir des fonctions autonomes qui augmentent la résilience au fil du tempsFootnote 72. Les processus écosystémiques clés cernés lors de la mobilisation sur le présent plan comprennent la restauration de ce qui suit :
- la connectivité des habitats et l’élimination des obstacles d’origine humaine afin d’améliorer le débit, la synchronisation, la qualité et la quantité de l’eau, le transport des sédiments et le passage du poisson;
- les processus géomorphologiques qui augmentent la diversité de l’habitat physique et qui maintiennent la morphologie naturelle du chenal;
- l’ombrage, la filtration, l’apport de nutriments, la disponibilité de nourriture et la stabilité naturelle dans les zones riveraines et littorales.
Les processus écosystémiques varient en fonction de l’échelle, de la disponibilité de l’habitat, du degré de dégradation et de la sensibilité aux changements climatiques. Tout comme les espèces et leurs habitats sont interconnectés, les processus écosystémiques sont interdépendants et interconnectés.
Le rétablissement des processus écosystémiques nécessite des objectifs de collaboration à long terme fondés sur des études de base, une conception réfléchie, un suivi à long terme et une gestion adaptative. La restauration fondée sur des processus est un outil que les praticiens utilisent pour rétablir les processus écosystémiques; il s’agit d’une approche de la restauration de l’habitat du poisson qui se concentre sur la restauration des processus naturels dans les écosystèmes dégradés, qui créent et maintiennent des caractéristiques de l’habitat. Elle vise à s’attaquer aux causes profondes de la dégradation. Des approches de restauration fondée sur des processus ont été intégrées dans les buts et objectifs de la restauration de l’habitat présentés dans la section suivante.
4 Fixer des buts et des objectifs de restauration
Les buts de restauration de l’habitat décrivent l’état souhaité d’un habitat et servent de cibles pour guider les efforts de restauration. Les objectifs de restauration de l’habitat sont des réalisations ciblées et limitées dans le temps, conçues pour aider à atteindre les buts de restauration (figure 3). L’expérience des programmes de restauration fondée sur des processus montre qu’il est possible de combiner les buts à long terme et les objectifs à court terme afin de maximiser les avantages de la restauration. En déterminant les causes profondes de la dégradation de l’habitat et les espèces concernées, il est possible de définir des buts à long terme, des objectifs clairs et des priorités réalisables afin de restaurer les processus viables des bassins hydrographiques et de réduire les symptômes de la dégradationFootnote 73.
La mise en place de buts et d’objectifs de restauration de l’habitat peut également favoriser la reconnaissance et l’intégration des Premières Nations et de leurs pratiques culturelles, ainsi que la résilience aux changements climatiques.
4.1 Élaboration de buts et d’objectifs
Les buts et objectifs régionaux ont été élaborés sur la base des principes de restauration du cadre national. Ancrés dans les perspectives régionales, ils illustrent la planification déjà entreprise par les organismes, les programmes gouvernementaux et les communautés en vue de définir et de mettre en œuvre la restauration de l’habitat du poisson local, ainsi qu’une mobilisation régionale importante (annexe 2). Il est important de noter que ces buts et objectifs ne sont classés selon aucun critère, ce qui tient compte de l’interconnexion entre les espèces, les processus écologiques et les valeurs culturelles.
Les objectifs bien conçus sont souvent spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et limités dans le temps (SMART). Cependant, il existe d’autres méthodes conçues pour aider à fixer des objectifs, notamment la méthode PACT (utile, réalisable, continu et traçable).Footnote 74 Cette méthode se concentre sur la production continue, par opposition aux repères et aux résultats finaux. Elle peut être utile lorsque la collaboration et l’intendance sont des moyens d’atteindre les objectifs de restauration de l’habitat. Le plan des priorités en matière de restauration repose sur les méthodes SMART et PACT, et il comprend des buts et des objectifs qui facilitent la prise de décision coordonnée dans toute la région.
Figure 3. Les objectifs de restauration de l’habitat sont des réalisations ciblées et limitées dans le temps qui visent à atteindre un état souhaité ou un but de restauration de l’habitat. Des objectifs multiples peuvent être poursuivis simultanément ou en série pour atteindre un état souhaité ou un but de restauration de l’habitat.
Les buts et objectifs régionaux en matière de restauration de l’habitat qui sont décrits dans la section 4.4 ont été conçus pour :
- intégrer des approches qui dépassent les frontières écologiques, géomorphologiques, hydrologiques, culturelles et les limites des champs de compétence et qui peuvent être appliquées à n’importe quel processus écosystémique ou n’importe quelle espèce ou zone dans l’ensemble de la région du Pacifique;
- s’attaquer aux causes de la dégradation et de la disparition d’habitats;
- faire face aux menaces persistantes qui limitent la productivité et les processus écosystémiques;
- bénéficier aux espèces ou aux zones préoccupantes;
- tenir compte de l’interconnexion des espèces et des habitats terrestres et aquatiques;
- tenir compte des prévisions de changements climatiques;
- traiter les menaces à des échelles multiples pour tenir compte du rétablissement à grande échelle des systèmes naturels;
- aborder la revitalisation et la préservation de la culture des Premières NationsFootnote 75
4.2 Indicateurs et paramètres
Les indicateurs écologiques intègrent des renseignements provenant de divers paramètres ou facteurs en une seule valeur, ce qui les rend précieux pour évaluer la santé globale d’un écosystème. Les indicateurs peuvent représenter différents aspects de l’environnement. Des saumons du Pacifique ont été utilisés comme espèces indicatrices en raison de la diversité de leurs besoins en matière d’habitat, qui conviennent à de nombreuses autres espèces d’eau froide. Les groupes d’espèces, tels qu’une communauté de plantes ou de poissons, sont d’autres indicateurs biologiques. Par exemple, le nombre d’Ephemeroptera (éphémères), de Plecoptera (plécoptères) et de Trichoptera (phryganes), collectivement appelés « EPT », est souvent utilisé comme un indicateur de la qualité de l’eau.
Par le passé, des indicateurs ont été utilisés dans les sciences occidentales pour rationaliser les processus de suivi, mais ils peuvent négliger d’autres systèmes de connaissances.Footnote 76 Les indicateurs bioculturels constituent une autre approche qui intègre les connaissances culturelles, sociales et locales qui se sont développées au fil du temps grâce aux relations réciproques entre les gens et leur environnement.Footnote 77Footnote 78Footnote 79 Voici quelques exemples d’indicateurs bioculturels présentés lors des séances de mobilisation :
- avoir suffisamment de poissons dans les zones de pêche pour soutenir les camps de pêche, qui sont des lieux d’échange de connaissances, de cérémonies, de paroles et de rires;
- disposer d’une quantité suffisante de poissons pour nourrir les aînés et partager les poissons avec l’ensemble de la communauté;
- des ours et des loups bien nourris observés près des frayères;
- le retour des crues printanières, des communautés d’oiseaux et de la végétation riveraine le long des corridors aquatiquesFootnote 80
L’intégration des systèmes et des sources de connaissances dans des indicateurs utiles basés sur les bassins hydrographiques nécessite des groupes de travail inclusifs et collaboratifs ainsi que des connaissances locales. Pour ces raisons, le plan des priorités en matière de restauration n’inclut pas d’indicateurs bioculturels pour les buts et objectifs régionaux indiqués dans la section suivante. Cependant, pour restaurer efficacement les processus d’habitat et les relations culturelles, il est recommandé d’inclure des indicateurs bioculturels comme mesures de réussite, parallèlement à d’autres paramètres. Une étude de cas dans la forêt pluviale de Great Bear, sur le territoire traditionnel de la Première Nation Kitasoo/Xai’xais, fournit un cadre pour l’établissement d’indicateurs bioculturels d’initiative localeFootnote 81
Le choix de paramètres normalisés permet aux praticiens de comparer les réactions des écosystèmes à différentes échelles spatiales et temporelles, ainsi qu’au sein d’un même projet et entre différents projets. Pour l’évaluation des progrès réalisés à l’échelle régionale pour chaque but de restauration de l’habitat, des exemples de paramètres ont été inclus pour chaque but ci-dessous. Ces paramètres seront évalués au fil du temps et communiqués dans des rapports. Voir la section 6 | pour plus de détails.
4.3 Considérations
Bon nombre des buts et objectifs de restauration de l’habitat qui sont présentés dans les sections suivantes se recoupent et sont interdépendants. Certains paramètres peuvent également servir à mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de plusieurs buts. Par exemple, « augmenter le nombre de sources d’eau souterraine connectées au chenal » est utilisé comme paramètre pour améliorer à la fois la quantité et la qualité de l’eau.
Les sept buts énumérés ci-dessous sont à la fois généraux et distincts, afin de faciliter le suivi et de permettre de faire face aux menaces sur le plan régional. Toutefois, ils peuvent être réorganisés ou combinés pour répondre aux besoins propres à chaque bassin hydrographique.
Avis de non-responsabilité : Tous les buts et objectifs ne s’appliquent pas à tous les types d’écosystèmes et ne répondent pas à toutes les questions relatives à l’habitat dans un plan de restauration. L’application des buts et objectifs présentés à la section 4.4 doit tenir compte des causes profondes de la dégradation de l’habitat, des besoins des espèces locales, des avantages escomptés de la restauration et de la compréhension, de l’évitement ou de l’atténuation des conséquences négatives imprévues des travaux sur l’habitat.
Par exemple, l’augmentation de la complexité de l’habitat peut être bénéfique pour les systèmes canalisés à débit rapide en ralentissant le débit, en augmentant le stockage des eaux souterraines, en améliorant l’échange de nutriments et en soutenant diverses espèces. Toutefois, ces changements pourraient entraîner une augmentation de la température de l’eau et une diminution de l’oxygène dissous, ce qui aurait un effet négatif sur les invertébrés aquatiques et les poissons d’eau froide.
Compte tenu de l’immense diversité de la région du Pacifique, il est essentiel de comprendre chaque bassin hydrographique pour élaborer des plans de restauration appropriés.
Figure 4. La relation entre la planification régionale, infrarégionale ou à l’échelle du bassin et la planification du bassin hydrographique peut être considérée comme une structure hiérarchique de buts et d’objectifs de plus en plus précis. Les objectifs régionaux généraux, tels que ceux qui sont précisés dans le plan des priorités de restauration, peuvent orienter les objectifs à l’échelle du bassin. À leur tour, ces objectifs à l’échelle du bassin peuvent contribuer à orienter l’élaboration d’objectifs spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporels (SMART) au niveau du bassin hydrographique. Les objectifs SMART pour les bassins hydrographiques traduisent des objectifs de haut niveau en mesures concrètes et en mesures de performance. Ils permettent de suivre les progrès réalisés dans les différents bassins hydrographiques tout en montrant comment les mesures locales contribuent à l’obtention de résultats plus larges à l’échelle du bassin et de la région. L’exemple de but à l’échelle du bassin et d’objectif à l’échelle du bassin hydrographique n’est donné qu’à titre d’illustration.
Version textuelle
Planification régionale
(Plan des priorités de restauration)
But régional: élargir lʼhab itat riveraint
Planification régionale / à l’échelle du bassin
(bassin du Fraser)
But à l’échelle du bassin: Augmenter la couverture
végétale riveraine indigène fonctionnelle
Planification du bassin versant
(Bassin versant de la rivière Chilcotin)
Objectif pour le bassin versant: Revégétaliser un certain nombre de mètres carrés dʼespèces riveraines indigènes et culturellement importantes le long dʼun certain nombre de mètres de la rivière Chilcotin afin de réduire la température de lʼeau en été, dʼaméliorer les conditions de migration et de reproduction, et dʼaccroître la diversité de lʼhabitat.
4.4 Buts et objectifs de la région du pacifique en matière de restauration de l’habitat
Les buts et objectifs suivants peuvent être adaptés en fonction des besoins particuliers de restauration de l’habitat à différentes échelles. Basés sur la connaissance locale des menaces, des répercussions et des besoins du bassin hydrographique, les buts régionaux peuvent être intégrés dans un plan à l’échelle du bassin et affinés en objectifs SMART pour le bassin hydrographique (figure 4).
L’un des objectifs de nombreux projets de restauration de l’habitat du poisson est d’améliorer de manière mesurable les populations de poissons. Les indicateurs des populations de poissons doivent être quantifiés avant et après un projet de restauration et répétés pour plusieurs cycles de vie des poissons afin d’évaluer si les mesures de restauration atteignent les objectifs du projet. Dans la mesure du possible, la réaction des populations de poissons doit être mesurée afin de déterminer si le projet de restauration de l’habitat est bénéfique pour les espèces concernées. Cependant, la quantification des changements dans les populations de poissons, tels que l’abondance ou la biomasse, nécessite une collecte de données répétée et exhaustive. En l’absence de données sur les populations, les exemples de mesures présentés dans cette section peuvent être utilisés pour suivre l’évolution de l’habitat dans le temps afin de déterminer si les mesures de restauration abordent les causes de la dégradation qui menacent les espèces concernées. Ces facteurs peuvent être plus simples à mesurer, plus propices à une gestion adaptative et sont choisis sur la base de décennies de connaissances scientifiques permettant de les associer à des conditions d’habitat bénéfiques pour les poissons.
4.4.1 But : améliorer le passage du poisson
Objet : Les barrières physiques artificielles, qui font notamment obstacle à la vitesse, à la lumière et au son, restreignent ou empêchent le mouvement et la migration du poisson et peuvent augmenter la prédation. La suppression ou l’amélioration de ces barrières :
- rétablit l’accès du poisson à l’habitat qu’il utilisait par le passé;
- permet aux espèces migratrices de se rendre librement à leurs frayères et d’en revenir;
- améliore l’accès à tous les types d’habitat pour les poissons résidents;
- améliore le flux génétique;
- permet l’accès du poisson à de nouveaux habitats lorsque l’évolution des conditions environnementales l’impose;
- améliore la connectivité des habitats (voir le but suivant);
- améliore l’accès des gens aux espèces de poissons importantes sur les plans écologique, culturel, commercial et récréatif.
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Supprimer ou améliorer les infrastructures anthropiques, telles que les écluses côtières, les jetées, les chaussées, les digues, les fascines et barrages, les ponceaux sous-dimensionnés et les infrastructures reliques (par exemple, les routes inactives, les pilotis).
- Améliorer l’accès du poisson à l’habitat nécessaire pendant les conditions de faible et de fort débit prévues en raison des changements climatiques (par exemple, créer des encoches en V dans le lit des chenaux pour concentrer le débit pendant les sécheresses, créer un habitat de refuge accessible pendant les inondations).
- Améliorer les conditions lumineuses et sonores à l’intérieur et à proximité de l’habitat aquatique qui peuvent nuire au comportement du poisson (par exemple, diminuer la lumière artificielle la nuit, augmenter la lumière du jour dans les cours d’eau couverts, réduire les bruits sous-marins).
- Évaluer les sources d’accumulation de débris et éliminer les débris causés par les changements anthropogéniques qui interfèrent avec les processus écosystémiques (par exemple, les pilotis reliques qui accumulent les débris, bloquent le passage du poisson et restreignent la connectivité des habitats).
Exemples de paramètres :
- Augmentation du nombre de passages du poisson sans obstruction (mètres ou kilomètres linéaires).
- Diminution des infrastructures reliques dans les habitats riverains et aquatiques.
- Diminution de l’intensité lumineuse autour des habitats riverains et aquatiques.
- Diminution des bruits anthropiques dans les habitats aquatiques.
4.4.2 But : augmenter la connectivité des habitats
Objet : L’augmentation de la connectivité des habitats améliore l’écoulement horizontal, vertical et latéral de l’eau (connectivité physique), rétablit les processus écosystémiques (connectivité fonctionnelle) et augmente le stockage de l’eau. Elle augmente également la mosaïque naturelle d’habitats, ce qui a pour effet d’accroître la résilience du poisson et des écosystèmes face à des conditions qui évoluent rapidement.
L’augmentation de la connectivité des habitats :
- protège contre les changements environnementaux prévus dans les systèmes aquatiques, tels que l’élévation du niveau de la mer;
- relie des habitats hétérogènes et favorise la production du poisson;
- augmente l’espace le long des corridors fluviaux pour les inondations et la migration des chenaux;
- favorise la recharge de la nappe phréatique et soutient la continuité de l’écoulement pendant les périodes de sécheresse;
- favorise la variation annuelle et interannuelle du débit (c’est-à-dire qu’elle rétablit l’hydrogramme naturel);
- augmente le mélange des eaux marines et douces;
- soutient tous les stades du cycle de vie du poisson;
- favorise l’échange de nutriments entre les habitats terrestres et aquatiques;
- maintient ou restaure les processus géomorphologiques tels que le transport des sédiments et les interactions entre le chenal et la plaine d’inondation;
- améliore le passage du poisson (voir le but précédent);
- rétablit les processus culturels, les pratiques de gestion des terres et les possibilités d’intendance pour les Premières Nations sur leurs territoires traditionnels.
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Supprimer ou améliorer les infrastructures anthropiques, telles que les écluses côtières, les jetées, les digues, les fascines et barrages, les ponceaux sous-dimensionnés et les infrastructures reliques.
- Établir de nouveaux habitats connectés ou reconnecter des habitats, notamment hors des chenaux, dans les cours d’eau principaux, les zones riveraines, les plaines d’inondation, les zones humides, les marais, les estuaires et les herbiers de varech et de zostère, et près du rivage.
- Maintenir ou augmenter la durée du transport ininterrompu des sédiments (par exemple, amoncellement littoral ou longitudinal des sédiments) en supprimant ou en réaménageant les jetées, les chaussées, les quais, les fascines et barrages ou les infrastructures restantes dans les réseaux d’eau marine et d’eau douce.
Exemples de paramètres :
- Augmentation de la superficie des habitats connectés sur les plans physique et fonctionnel (m2) (en fonction des espèces).
- Augmentation de la longueur ininterrompue du littoral (m ou km).
- Variation de la salinité (g/L; augmentation ou diminution, selon le projet).
- Variation du taux de transport de sédiments (m3/s)
- Modification de l’élévation du lit.
4.4.3 But : augmenter la quantité d’eau
Objet : L’augmentation du volume, de la profondeur ou de la capacité de stockage de l’eau par des mesures peu techniques et basées sur des processus peut accroître la disponibilité des habitats humides, améliorer la connectivité des habitats, ralentir l’écoulement de l’eau, augmenter le stockage des eaux souterraines et favoriser une plus grande diversité d’espèces. Les objectifs peuvent également soutenir la renaissance des connaissances et des techniques de gestion autochtones pour restaurer la forme et la fonction naturelles des environnements aquatiques.
La restauration du volume et de la profondeur de l’eau :
- augmente l’espace physique disponible pour que les poissons puissent nager, se cacher et se nourrir;
- améliore la résilience d’un système face aux changements climatiques en favorisant l’infiltration, en augmentant la recharge de la nappe phréatique et en améliorant la continuité de l’écoulement pendant les basses eaux estivales et hivernales;
- favorise le passage du poisson et la connectivité des habitats (voir les buts ci-dessus).
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Augmenter le volume et la profondeur de l’eau pendant les périodes de faible débit.
- Maintenir ou accroître la connectivité avec les sources d’eau souterraine dans les systèmes fluviaux.
Exemples de paramètres :
- Augmentation du débit d’eau (m3/s) pendant les périodes d’étiage
- Augmentation de la capacité de stockage de l’eau (m3)
- Augmentation du nombre de chenaux humides.
- Augmentation de la surface humide totale (m2)
- Augmentation du volume d’eau pendant les périodes critiques d’étiage (m3)
- Augmentation de la profondeur de l’eau (m)
- Augmentation du nombre de sources d’eau souterraine connectées à un chenal.
4.4.4 But : améliorer la qualité de l’eau
Objet : L’amélioration des mesures de la qualité de l’eau, telles que la température, l’oxygène dissous, le pH, la turbidité, la concentration en nutriments et les solides en suspension, permet d’obtenir une eau fraîche et propre pour le poisson et présente des avantages connexes pour l’être humain, les plantes et les autres animaux. Les eaux souterraines régulent la température des eaux de surface en été et en hiver. La réduction des surfaces imperméables et le fait de permettre à l’eau de se déplacer latéralement dans des plaines d’inondation pendant les crues améliore l’absorption et la filtration de l’eau, recharge la nappe phréatique, réduit les risques d’inondation et diminue la pollution non ponctuelle dans les habitats aquatiques, ce qui a également les effets suivants :
- améliore les conditions et la disponibilité de l’habitat pour le poisson;
- favorise la diversité des espèces indigènes;
- augmente la résilience et l’adaptabilité face à des conditions changeantes.
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Maintenir ou améliorer la température de l’eau à l’aide de diverses méthodes (par exemple, végétation en surplomb ou débris ligneux grossiers, extension de la connectivité avec les refuges en eaux froides).
- Maintenir ou accroître la connectivité avec les sources d’eau souterraine dans les systèmes fluviaux.
- Réduire le pourcentage de surfaces imperméables autour des habitats aquatiques (par exemple, restauration de la végétation riveraine, jardins de pluie dans les centres urbains et autour des chenaux confinés).
- Réduire l’accès du bétail le long des berges sensibles et à proximité des habitats aquatiques sensibles (par exemple, l’habitat de fraie).
- Enlever ou remplacer les infrastructures contaminées (comme les pilotis traités à la créosote) en suivant les directives provinciales et fédérales (par exemple, les lignes directrices pour l’utilisation du bois traité dans et les milieux aquatiques et à proximité et l’élimination du bois traité).Footnote 82.
- Réduire au minimum les autres sources de pollution ponctuelle (par exemple, les eaux de ruissellement des routes, les eaux de ruissellement agricoles et d’autres contaminants).
Exemples de paramètres :
- Réduction des températures de l’eau (°C) susceptibles de causer un stress physique et comportemental au poisson.
- Augmentation du nombre de sources d’eau souterraine connectées à un chenal.
- Diminution du pourcentage de surface imperméable autour des habitats aquatiques.
- Diminution du nombre de structures traitées à la créosote dans les habitats aquatiques.
- Diminution des polluants détectables dans les échantillons d’eauFootnote 83
4.4.5 But : augmenter la superficie des habitats riverains
Objet : La restauration de la végétation riveraine peut abaisser la température de l’eau, améliorer la filtration de l’eau afin de limiter la pollution ponctuelle et non ponctuelle, fournir des apports alimentaires directs et indirects et réduire la sédimentation d’origine humaine en stabilisant naturellement les berges et les rivages. L’ombrage fonctionnel peut atténuer les températures des cours d’eau et contribuer à compenser les effets du réchauffement climatiqueFootnote 84 La végétation riveraine est également une source de bois mort, qui crée des habitats complexes (par exemple, des mares, des berges en contrebas et des embâcles).
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Augmenter le couvert végétal en revégétalisant les zones riveraines et littorales à l’aide de plantes, d’arbres et d’arbustes indigènes.
- Intégrer dans les plans de revégétalisation des plantes indigènes qui favorisent la sécurité alimentaire et les pratiques culturelles des Premières Nations.
Exemples de paramètres :
- Augmentation de la superficie riveraine (m2)
- Augmentation du pourcentage de végétation indigène dans les zones riveraines.
- Réduction de la température des cours d’eau grâce à de l’ombrage (°C).
- Augmentation des apports de bois mort et de matière organique.
4.4.6 But : améliorer la complexité et la diversité des habitats
Objet : Les habitats complexes et diversifiés abritent une grande diversité d’espèces à tous les stades de leur cycle de vie, ainsi que des populations et une diversité génétique au sein des espèces. La diversité des espèces et des populations augmente la résistance d’un écosystème au changement. Les praticiens peuvent soutenir le rétablissement d’espèces de poissons en créant et en protégeant une variété de processus hydrologiques, géologiques et écologiques autonomes dans les environnements d’eau douce et d’eau marine.
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Augmenter la diversité des habitats physiques et les connexions fonctionnelles entre les habitats (par exemple, bassins, seuils, habitats hors chenal, couverture aquatique et terrestre, sédiments meubles intertidaux).
- Diminuer la surface de blindage le long des berges et des rivages.
- Maintenir ou accroître la morphologie naturelle d’un chenal fluvial et du littoral (par exemple, installations de bois mort, chenaux dendritiques, longueur de la ligne de rivage).
- Maintenir ou augmenter la superficie des habitats de fraie, d’alevinage, d’alimentation, de refuge et d’hivernage (par exemple, reconnecter des cours d’eau à leurs plaines d’inondation).
- Contrôler et prévenir l’introduction et la propagation d’espèces aquatiques envahissantes.
Exemples de paramètres :
- Augmentation de la superficie de la couverture végétale indigène dans les zones aquatiques et riveraines (m2)
- Augmentation de la variabilité des habitats aquatiques liés sur le plan fonctionnel.
- Augmentation de la quantité d’habitats hors chenal ayant des liens hydrologiques, y compris les chenaux éphémères et saisonniers et les zones humides.
- Diminution de la densité ou du pourcentage de couverture des espèces aquatiques et riveraines envahissantes.
4.4.7 But : améliorer l’hydrologie du bassin hydrographique et le transport des sédiments
Objet : Un bassin hydrographique intact ou restauré :
- rétablit l’absorption et la filtration de l’eau;
- favorise la rétention des sols dans l’ensemble du bassin hydrographique;
- réduit la charge sédimentaire non naturelle;
- augmente la croissance de la végétation indigène;
- réinitialise les interactions entre les espèces et les processus écosystémiques;
- s’attaque à la dégradation du paysage qui a une incidence sur l’habitat du poisson en aval;
- peut restaurer les terres et les eaux qui revêtent une importance culturelle pour les Premières Nations;
- rétablit les relations réciproques entre les espèces.
Objectifs de restauration de l’habitat :
- Augmenter la végétation indigène dans les habitats dégradés en amont et en aval.
- Réduire l’angle des zones en pente ascendante.
- Intégrer dans les plans de revégétalisation des plantes indigènes qui favorisent la sécurité alimentaire et les pratiques culturelles des Premières Nations.
Exemples de paramètres :
- Augmentation de la superficie de la végétation indigène (m2)
- Augmentation du pourcentage de végétation indigène dans les zones riveraines.
- Diminution de l’ampleur et de la fréquence des débits élevés.
- Diminution de l’apport de sédiments fins dans les cours d’eau.
- Diminution de l’angle de la pente dans les terrains surraidis ou exposés.
4.5 Mesures de soutien à la restauration de l’habitat
La communauté de la restauration a donné son avis sur d’autres sujets susceptibles d’améliorer les résultats pour le poisson et d’influencer le succès de la restauration de l’habitat. Ces sujets sont présentés dans les sous-sections suivantes. Les recommandations de la communauté de la restauration pour chaque thème sont présentées à l’annexe 2.
4.5.1 Protection de l’habitat
Lorsque c’est possible, la protection du poisson et de son habitat et la prévention des répercussions avant qu’elles ne se produisent constituent l’une des méthodes les plus efficaces pour préserver l’habitat du poisson et les processus écosystémiquesFootnote 85Footnote 86 Une réglementation et une législation solides qui protègent les habitats aquatiques soutiennent également les objectifs de restauration. Les aires protégées offrent l’espace et le temps nécessaires aux processus écosystémiques, tels que les inondations et les incendies, pour façonner le paysage, favoriser l’hétérogénéité des habitats et soutenir la résilience des espèces face aux changements climatiquesFootnote 87 Les habitats protégés d’un point de vue écologique et culturel améliorent également le taux de réussite des projets de restauration qui leur sont adjacents.Footnote 88Footnote 89
Les effets locaux de la restauration de l’habitat peuvent être difficiles à détecter à plus grande échelle en raison de la forte variabilité naturelle, de facteurs confondants tels que les pressions exercées par la pêche et la survie en mer, et parce que le taux de dégradation de l’habitat peut progresser plus rapidement que la restauration et le rétablissement.Footnote 90 La protection de l’habitat contre toute dégradation supplémentaire et l’intégration des valeurs culturelles et liées à l’habitat du poisson des Premières Nations dans la gestion des terres et de l’eau peuvent contribuer à améliorer les chances de réussite de la restauration. Ces actions constituent une base solide pour une restauration efficace et pour renforcer la résilience des écosystèmes. Le MPO est chargé de conserver et de protéger le poisson et son habitat en vertu de la Loi sur les pêches. La LDNUDPA et les mesures 37 et 41 indiquées dans le plan d’action qui l’accompagne (annexe 1) renforcent l’engagement du gouvernement du Canada à promouvoir une approche collaborative pour la conservation et la protection de tous les habitats du poisson. La création d’un réseau d’aires marines protégées dans la mer de Great Bear, une zone située le long de la côte nord et centrale de la Colombie-Britannique, est un exemple de protection concertée de l’habitat. Cette réalisation a été rendue possible grâce à la collaboration des Premières Nations, du gouvernement du Canada et de la province de la Colombie-Britannique, et elle est soutenue par un modèle de financement de projets pour la permanence dirigé par des Autochtones.Footnote 91Footnote 92
4.5.2 Suivi
Le suivi du poisson et de son habitat avant et après la restauration est essentiel pour déterminer si 1) un projet de restauration atteint ses buts et objectifs, 2) les populations de poissons s’améliorent et 3) le financement et les ressources sont utilisés efficacement.Footnote 93Footnote 94Footnote 95 Il y a souvent un délai entre les mesures de restauration et les réactions observées dans l’habitat, l’écosystème ou la population. Le suivi de l’efficacité peut tenir compte des réactions à long terme et mesurer les paramètres appropriés pour évaluer les résultats des objectifs de restauration, y compris l’évolution dans le temps des conditions de référence.Footnote 96 Si le projet de restauration n’atteint pas ses objectifs, les praticiens et les décideurs politiques peuvent utiliser les données issues du suivi pour modifier les stratégies à l’aide d’une approche visant à renforcer le projet de restauration actuel et à orienter les efforts de restauration futurs. De cette manière, le contrôle de l’efficacité peut contribuer à soutenir les initiatives et les demandes de financement futures en définissant les méthodes efficaces et en soulignant où et comment les avantages les plus importants peuvent être obtenus. Les programmes de suivi financés peuvent également soutenir les programmes de surveillance de la pêche et leurs efforts pour répondre aux besoins de leurs communautés.Footnote 97 Le suivi mené par les Premières Nations peut permettre d’établir des pratiques exemplaires et des indicateurs de réussite interconnectés. Pour contribuer à la réalisation de la LDNUDPA et de la mesure 39 du plan d’action qui l’accompagne (annexe 1), le MPO a collaboré avec de nombreux groupes de travail pour mettre en place les principaux éléments du programme Gardes-pêche autochtones. Le programme de formation des nouveaux gardes-pêche autochtones est élaboré dans le cadre d’un processus de collaboration auquel participent les gardes-pêche, les détenteurs du savoir autochtone et des représentants du Ministère de façon à s’assurer que le programme répond aux besoins du Ministère et des diverses communautés dotées de programmes de gardes-pêche dans l’ensemble du paysFootnote 98
4.5.3 Financement
Un certain nombre d’organisations, notamment le MPO, BC Hydro et la Pacific Salmon Foundation, financent la restauration de l’habitat en Colombie-Britannique et au Yukon (par exemple, le Fonds de restauration et d’innovation pour le saumon de la Colombie-Britannique, le Fonds pour la restauration côtière, le Fonds de restauration des écosystèmes aquatiques, le Fish and Wildlife Compensation Program et le Programme communautaire de conservation du saumon). Les réactions des participants à la mobilisation ont mis en évidence la nécessité d’un financement plus uniforme, accessible et à long terme pour soutenir efficacement le cycle de vie complet des projets de restauration de l’habitat, y compris la planification, la mise en œuvre, le suivi et l’entretien. La restauration de l’habitat est un processus pluriannuel qui nécessite un financement soutenu pour atteindre les buts et objectifs d’un projet sans risquer de compromettre l’élan et la réussite.
En outre, les participants à la mobilisation ont exprimé le souhait de voir changer la manière dont les fonds sont alloués et la manière dont il faut en rendre compte, en demandant des mécanismes de financement plus transparents, plus équitables et plus réactifs. Il s’agit notamment de rationaliser les procédures de demande et de production de rapports afin de réduire le fardeau administratif et de continuer à se concentrer sur les efforts de restauration afin d’optimiser les résultats pour le poisson et son habitat.
Les Premières Nations ont estimé qu’un financement prévisible et souple permettrait aux partenaires autochtones de participer pleinement aux initiatives de restauration. Ce financement permettrait aux Premières Nations de développer leurs capacités de manière fiable, de participer à la formation et à la prise de décision, de conserver leur expertise, de diriger des programmes, ainsi que de recueillir et de communiquer des connaissances et des données. Ces efforts contribueraient directement à la réalisation des objectifs de la LDNUDPA et des mesures 38 et 39 du plan d’action qui l’accompagne (annexe 1).Footnote 99
4.5.4 Collaboration et coordination
L’amélioration de la collaboration et de la coordination entre les Premières Nations et les parties prenantes est devenue un thème clé du plan des priorités en matière de restauration. La planification de la restauration dans le cadre de contextes et d’actions plus larges à l’échelle du bassin hydrographique peut apporter un maximum d’avantages au poisson et à son habitatFootnote 100 La communauté de la restauration aimerait continuer à construire et à renforcer les partenariats avec les organismes, améliorer le transfert de connaissances et partager l’expertise, les ressources, l’équipement et la capacité d’action sur le terrain. Dans ses commentaires, la communauté de la restauration a souligné la nécessité d’améliorer la coordination, la communication et la collaboration en matière de réglementation afin de soutenir une restauration efficace de l’habitat du poisson. La restauration dans la région du Pacifique englobe plusieurs champs de compétence, ce qui met souvent en cause de nombreux organismes, ce qui peut entraîner une confusion des rôles. La collaboration et la coordination peuvent avoir des effets bénéfiques immédiats sur le poisson, et elles offrent aux praticiens la possibilité de lancer des actions à plus petite échelle pendant que la planification se déroule en arrière-plan. Par exemple, des organisations comme Canards Illimités Canada travaillent avec les propriétaires fonciers pour aider à réduire les perturbations des berges le long des cours d’eau. Ce travail ne serait pas possible sans des partenaires volontaires et une utilisation coordonnée des ressources.
5 Critères à l’appui des décisions en matière de restauration de l’habitat
L’expertise en matière de restauration de l’habitat continue d’augmenter dans la région du Pacifique. Cependant, des problèmes de capacité, de financement, de temps et d’équipement empêchent la communauté de la restauration d’entreprendre tous les travaux de restauration nécessaires pour soutenir le poisson et son habitat. L’établissement des priorités permet de déterminer les tâches les plus appropriées pour remédier à la dégradation de l’habitat et obtenir les meilleurs résultats pour le poisson, au bon moment et au bon endroitFootnote 101
Bien que les participants à la mobilisation aient convenu que l’établissement de priorités en matière de restauration peut être utile lorsque les ressources sont limitées, nombre d’entre eux ont fait remarquer que l’établissement de priorités ou le classement de buts précis en matière de restauration de l’habitat à l’échelle régionale dans le plan des priorités en matière de restauration ne tiendrait pas compte de ce qui suit :
- les évaluations à l’échelle des bassins hydrographiques qui définissent les menaces et les incidences locales, les besoins des espèces et des populations, et les projets particuliers qui s’appuient sur les connaissances locales et autochtones;
- les droits, titres et compétences des Premières Nations sur leurs terres visées par une entente et leurs territoires traditionnels;
- les pratiques économiques et culturelles, les relations et la dépendance des Premières Nations par rapport au poisson et à son habitat.
Sur la base de cette rétroaction, les buts et objectifs régionaux en matière de restauration de l’habitat décrits à la section 4.4 n’ont pas été classés. Un ensemble commun de critères a plutôt été établi afin de guider les décisions de restauration de l’habitat à tous les niveaux de la planification :
- s’assurer que la restauration est dirigée par les Premières Nations ou en partenariat avec elles, et qu’elle est considérée comme prioritaire par elles;
- démontrer des avantages évidents pour le poisson et son habitat;
- intégrer des mesures de résilience aux changements climatiques et d’atténuation;
- utiliser des solutions basées sur la nature et des actions basées sur les processus lorsque cela est possible;
- s’attaquer aux menaces et aux répercussions à l’échelle du bassin hydrographique;
- intégrer le contrôle de l’efficacité dans l’évaluation des résultats.
5.1 Restauration concertée de l’habitat à différentes échelles dans la région du pacifique
Dans la région du Pacifique, plusieurs organisations, organismes, conseils, Premières Nations et gouvernements travaillent en collaboration dans plusieurs disciplines et à plusieurs échelles spatiales et organisationnelles pour restaurer l’habitat du poisson. La recherche montre que la planification de la restauration est plus efficace lorsqu’elle intègre des approches interdisciplinaires et qu’elle incorpore des connaissances sur les bassins hydrographiques dans des stratégies régionales et sous-régionales plus larges.Footnote 102 Cette approche permet de trouver des solutions adaptées au contexte local, de favoriser les partenariats communautaires et de tirer parti de la planification et de la prise de décision à toutes les échelles spatiales et temporelles.
Les processus écosystémiques et les populations de poissons réagissent différemment aux diverses méthodes de restauration de l’habitat, et les avantages des travaux de restauration mettent souvent des années, voire des décennies, à se manifester.Footnote 103 En travaillant en collaboration, les partenaires peuvent mieux relever les défis à long terme de la restauration de l’habitat et garantir l’efficacité au fil du temps.
Deux exemples de stratégies intergouvernementales en cours d’élaboration dans la région du Pacifique sont 1) l’accord trilatéral pour lutter contre le déclin du saumon sauvage du Pacifique signé le 21 juin 2024 par le First Nations Fisheries Council of BC, qui agissait comme secrétariat des Premières Nations de la Colombie-Britannique, le ministère provincial de l’Eau, des Terres et de la Gestion des ressources et le MPO, et 2) la stratégie pour les écosystèmes et le rétablissement du saumon chinook du fleuve Yukon, élaborée en collaboration par les Premières Nations du Yukon, le Sous-comité du saumon du Yukon, la Yukon First Nations Salmon Stewardship Alliance, le gouvernement du Yukon et le MPO.
L’accord trilatéral sur le saumon jette les bases d’une meilleure harmonisation et d’une meilleure coordination des activités de rétablissement du saumon dans cinq domaines prioritaires, y compris la restauration de l’habitat à l’échelle provinciale. La stratégie pour les écosystèmes et le rétablissement du saumon chinook du fleuve Yukon comprend plutôt l’établissement d’objectifs de restauration de l’habitat du saumon chinook dans la partie canadienne du bassin hydrographique du fleuve Yukon. La réussite, telle que définie par les stratégies, prendra du temps, mais la façon dont les partenaires ont uni leurs efforts pour élaborer une voie à suivre pour le rétablissement du poisson et de son habitat est en soi une réussite.
5.2 Planification à l’échelle des bassins hydrographiques
Les buts et objectifs énumérés à la section 4.4 ont été élaborés conjointement de façon à soutenir le classement des priorités des mesures de restauration à l’échelle des bassins hydrographiques. Un plan au niveau du bassin hydrographique est un outil qui permet de caractériser le poisson et son habitat dans un bassin hydrographique et de définir les menaces et les répercussions découlant des activités humaines et des changements climatiques. La caractérisation des bassins hydrographiques aide les planificateurs à comprendre la portée et l’échelle de ces répercussions et éclaire les stratégies de gestion visant à améliorer l’habitat du poisson. Il est essentiel de bien comprendre les problèmes locaux, tels que ceux qui empêchent le rétablissement d’espèces, d’aires ou de processus écosystémiques, pour mettre en œuvre des mesures de restauration efficaces. Cette approche favorise le développement d’écosystèmes autonomes et résistants à long terme.
Pour soutenir la planification au niveau des bassins hydrographiques, le MPO a élaboré un guide à l’intention des praticiens [disponible en anglais seulement] qui décrit un processus collaboratif de planification et de restauration de l’habitat dans la région du Pacifique. Ce guide aidera les planificateurs et les praticiens à cibler les principales pressions et les principales répercussions sur les populations de poissons. Il propose des facteurs à prendre en considération lors d’une planification menée en collaboration avec de multiples administrations et d’autres partenaires, à l’échelle sous-régionale ou du bassin hydrographique. Le guide propose également des pistes pour aider les utilisateurs à reconnaître les lacunes en matière de données et à intégrer les connaissances autochtones et locales, l’expertise scientifique et les valeurs communautaires dans les plans de restauration de l’habitat au niveau du bassin hydrographique.
Certaines tables de collaboration à l’échelle du bassin hydrographique ou de la sous-région mettent déjà à l’essai la planification intégrée des bassins hydrographiques, qui décrit en détail les priorités de restauration en fonction des menaces et des répercussions locales. Ces tables comprennent la stratégie pour les écosystèmes et le rétablissement du saumon chinook du fleuve Yukon (en anglais seulement), le Cowichan Watershed Board, le Plan de rétablissement du saumon chinook de la côte ouest de l’île de Vancouver, la Nicola Watershed Salmon Ecosystem Table et le Thompson-Shuswap Salmon Collaborative. Il s’agit d’excellents exemples de collaboration entre les Premières Nations et les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux en vue d’élaborer des plans exhaustifs de rétablissement au niveau du bassin hydrographique.
6 Révisions et rapports
Le plan des priorités en matière de restauration est un document évolutif qui peut être développé et amélioré en continu. L’évaluation de son efficacité se fera par la compilation de données des programmes de suivi des projets de restauration, et le plan sera adapté en fonction des résultats de ces programmes.
Des rapports d’avancement et des révisions du plan des priorités en matière de restauration seront prévus si nécessaire afin de tenir compte de l’évolution des connaissances, des techniques et des enseignements tirés et de procéder à des mises à jour mineures (par exemple, mise à jour des liens et des sources). Les éléments suivants pourraient donner lieu à des mises à jour des orientations présentées dans le plan des priorités en matière de restauration :
- changements dans les techniques ou les approches normalisées de mise en œuvre de la restauration;
- évolution des menaces, des risques ou des facteurs limitatifs pour l’habitat;
- révisions de plans de rétablissement ou de gestion des stocks;
- établissement ou révision de programmes de rétablissement, de plans d’action ou de plans de gestion en vertu de la Loi sur les espèces en péril;
- évaluations nouvelles ou mises à jour du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada;
- modifications des priorités provinciales ou territoriales en matière de restauration ou de rétablissement d’espèces;
- priorités ciblées dans les plans de gestion des Premières Nations;
- changements dans les répercussions ou les risques liés à des espèces aquatiques envahissantes (par exemple, par l’établissement, l’expansion de l’aire de répartition ou l’introduction de nouvelles espèces);
- inclusion de données nouvelles ou révisées provenant de modèles climatiques;
- harmonisation avec d’autres plans ministériels (par exemple, le PMVS);
- mesures de restauration définies par le ministre pour maintenir les principaux stocks halieutiques à un niveau égal ou supérieur au niveau nécessaire pour promouvoir la durabilité du stock [Loi sur les pêches, paragraphe 6.2(5)];
- inclusion de données nouvelles ou révisées sur les activités de restauration, qui peuvent avoir une incidence sur la restauration future;
- modifications de lois, de règlements ou de politiques.
Annexe 1: Mesures du plan d’action de la loi sur la déclaration des nations unies sur les droits des peuples autochtones
Mesure 37 du plan d’action : D’une manière mesurable, améliorer les outils, les accords et les approches transparentes axés sur la collaboration pour mieux assurer la conception, la promotion, la prestation et la gestion collaboratives des activités liées aux pêches, ainsi que la conservation et la protection de l’habitat du poisson. Pêches et Océans Canada et Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada continueront de poursuivre la recherche de possibilités de gouvernance collaborative en matière de pêches grâce à des négociations de nation à nation, entre les Inuits et la Couronne et de gouvernement à gouvernement.
Mesure 38 du plan d’action : Fournir un financement prévisible et flexible qui garantira que les partenaires autochtones ont la capacité de fournir des services liés aux pêches, à l’habitat et aux sciences ainsi que des services océaniques et maritimes. Fournir un financement prévisible et flexible pour garantir que les nations et les organisations autochtones ont la capacité de participer de manière effective aux processus consultatifs et de cogestion et à la prise de décisions liées à la gestion des ressources aquatiques et des océans.
Mesure 39 du plan d’action : Élaborer et mettre en oeuvre des mesures législatives, des politiques ou des programmes, et fournir un financement prévisible et flexible, afin de garantir que les gardes-pêche puissent répondre aux besoins de la communauté.
Mesure 40 du plan d’action : Créer et utiliser des mécanismes qui respectent et intègrent le savoir autochtone en tant que système de connaissances distinct dans la gestion des pêches, de l’habitat du poisson, de la conservation, de la sécurité maritime et de la protection du milieu marin.
Mesure 41 du plan d’action : Au moyen d’une consultation et d’une collaboration et de partenariats concrets avec les groupes autochtones et les partenaires de la Colombie-Britannique et du Yukon, Pêches et Océans Canada mettra en oeuvre l’Initiative de la Stratégie relative au saumon du Pacifique (ISSP) pour protéger et revitaliser les populations de saumon et leurs habitats.
Mesure 42 du plan d’action : Au moyen d’une consultation et d’une collaboration et de partenariats concrets avec les gouvernements, organisations, communautés autochtones et autres partenaires, promouvoir les aires marines protégées et de conservation autochtones afin de soutenir les engagements du Canada en matière de réconciliation et de conservation du milieu marin.
En lien avec les articles 10, 26, 27, 28, 30 et 32 de la DNUDPA
Chapitre 5 de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones: Priorités des partenaires autochtones signataires de traités modernes
Mesure 13 du plan d’action: Collaborer avec les partenaires des traités modernes afin d’obtenir d’éventuelles modifications de la législation, de la réglementation et des politiques fédérales en matière de pêche dans les objectifs suivants : a) s’harmoniser avec les relations, les objectifs et les obligations du Canada dans le cadre des traités modernes, y compris l’esprit et l’intention de ces accords; b) éliminer les problèmes et les obstacles à l’exercice effectif de la compétence des partenaires autochtones signataires de traités modernes en matière de pêche; c) favoriser la santé des populations de poissons et de plantes aquatiques; d) soutenir la mise en oeuvre réussie du consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause en ce qui concerne les mesures législatives ou administratives fédérales susceptibles d’avoir une incidence sur les droits et obligations découlant des traités modernes en matière de pêche.
En lien avec l’article 37 de la DNUDPA
Annexe 2 : Ce que nous avons entendu
Lire le rapport complet « Ce que nous avons entendu »
Annexe 3 : Mesures favorisant la réussite de la restauration de l’habitat
Tout au long de la mobilisation, la communauté de la restauration a défini des mesures visant à améliorer les écosystèmes aquatiques et les populations de poissons. Ces mesures ont été classées en trois catégories : protection de l’habitat, surveillance et mesures de financement.
Mesures de protection de l’habitat proposées
- Augmenter la superficie des habitats protégés1
- Accroître le soutien financier et réglementaire aux initiatives de protection de l’habitat à l’échelle des bassins hydrographiques menées par les Premières Nations (par exemple, les parcs à saumon, Financement de projets pour la permanence de la mer de Great Bear)
- Renforcer la protection des plaines d’inondation et des zones humides, en particulier là où les changements d’affectation des terres ou le développement peuvent être importants
- Renforcer la protection et améliorer la gestion des paysages en amont et des zones tampons riveraines.
- Protéger l’approvisionnement et la demande en eau actuels et futurs2
- Augmenter le nombre de systèmes aquatiques ayant fait l’objet d’une évaluation des besoins environnementaux de débit, et allouer l’eau en pourcentage de l’eau disponible une fois que les besoins environnementaux ont été satisfaits
- Soutenir l’objectif 3 de la Stratégie pour la nature 2030 du Canada, qui consiste à faire en sorte que 30 % des zones terrestres et des eaux intérieures, ainsi que des zones marines et côtières soient dûment conservées d’ici 2030, ce qui favorise la biodiversité et soutient les espèces, les zones et les processus écosystémiques importants indiqués dans le présent plan3
- Se concentrer sur la localisation et la protection des cours d’eau alimentés par la nappe phréatique
- Renforcer les lignes directrices relatives au franchissement de cours d’eau et soutenir les ponts à portée libre (par exemple, la mise à jour du code de pratique pour l’entretien des ponceaux n’inclut plus le remplacement des ponceaux)
- Continuer à recenser, à mesurer et à intégrer les besoins en débit d’eau pour les écosystèmes aquatiques dans la prise de décision réglementaire
- Rendre obligatoires les gains d’efficacité pour l’utilisation de l’eau à grande échelle
- Mettre à jour les périodes particulières régionales afin de tenir compte de l’évolution de l’utilisation de l’habitat et de protéger les habitats clés pendant les étapes sensibles du cycle biologique (par exemple, la fraie du hareng et du saumon du Pacifique)
Mesures de surveillance proposées
- Accroître la surveillance normalisée de référence et après la restauration des poissons et de leur habitat pour les projets de restauration, sur une échelle temporelle appropriée pour détecter les effets des travaux de restauration
- Tenir compte de mesures liées aux processus écosystémiques, ainsi que de la productivité, de la diversité, de la répartition spatiale et de l’abondance des poissons et de leur habita4
- Encourager le suivi des projets de restauration déjà mis en oeuvre, et promouvoir les possibilités d’apprentissage (telles que les leçons tirées des travaux de restauration réussis ou non)
- Mesurer et analyser les paramètres relatifs au poisson et à son habitat qui rendent compte de l’évolution du processus et des progrès accomplis dans la réalisation d’objectifs immédiats mesurables (par exemple, réduction de la température, amélioration de la structure de l’habitat, hausse de la qualité de l’eau ou augmentation de la profondeur des bassins d’alevinage), en plus des objectifs ultimes, tels que la biomasse des saumoneaux, les taux de réussite de l’incubation, les dénombrements standard ainsi que les mesures linéaires et aériennes (par exemple, le nombre de poissons, le nombre de végétaux plantés, les mètres carrés de plantation, les mètres linéaires d’habitat accessible)
- Développer des protocoles normalisés (par exemple, des relevés au tuba, un suivi photographique, l’installation d’appareils de mesure de la qualité de l’eau à paramètres multiples, une technologie de télédétection) pour évaluer les effets des mesures de restauration (telles que la réponse des populations de poissons, la fonction de l’habitat riverain ou fluvial; voir les objectifs de financement), et les comparer entre les projets et les bassins hydrographiques
- Réduire les obstacles à la réalisation d’une surveillance normalisée de la restauration en apportant un soutien à la conception et à l’interprétation des études, à des approches de restauration peu coûteuses et à des conseils techniques
- Promouvoir la communication des données de surveillance normalisées afin d’améliorer les mesures de restauration (par exemple, comparaison officielle des approches au sein d’un même bassin hydrographique ou d’un bassin à l’autre) et d’aider les praticiens qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour réaliser une surveillance complète de l’efficacité (par exemple, communiquer des données sur l’abondance des poissons dont l’acquisition pourrait nécessiter plusieurs années d’échantillonnage)
Mesures de financement proposées
- Augmenter le financement stable et à long terme de la restauration des habitats (par exemple, établir de nouveaux fonds qui soutiennent la restauration pour des durées supérieures à trois ou cinq ans afin d’inclure toutes les étapes de la restauration, depuis la planification initiale jusqu’au contrôle de l’efficacité après l’achèvement d’un projet)
- Mettre en oeuvre une initiative de financement souple et non concurrentiel destiné aux Premières Nations, de manière à favoriser :
- l’autodétermination et la confiance
- la mise en commun interterritoriale des connaissances et des capacités
- le recrutement à long terme, la constitution d’actifs immobilisés et le maintien des connaissances
- Mettre en oeuvre une initiative de financement souple et non concurrentiel destiné aux Premières Nations, de manière à favoriser :
- Financer des programmes de surveillance à long terme (10 ans ou plus) de l’efficacité de l’habitat après l’achèvement d’un projet de restauration de l’habitat, afin d’évaluer correctement sa réussite (ou son échec) et de contribuer aux possibilités d’apprentissage pour tous les praticiens
- Simplifier les demandes de financement et normaliser les exigences en matière de rapports afin d’améliorer la mise en oeuvre des projets et l’échange des données
- Augmenter le financement des approches innovantes et de la conception expérimentale.
- Continuer à mettre à jour et à communiquer régulièrement des renseignements sur les ressources de financement de la restauration nouvelles et existantes ainsi que sur les exigences et les dates d’échéance des demandes
Mesures de collaboration et de coordination proposées
- Organiser des réunions de mise en commun des connaissances avant et après la saison avec les Premières Nations et tous les autres ordres de gouvernement le long des principales voies migratoires du saumon du Pacifique afin de communiquer les objectifs, les besoins et les enseignements tirés (à l’appui des mesures 37, 40 et 41 du plan d’action de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones;)
- Augmenter le soutien aux congrès, aux ateliers et aux autres événements où les membres de la communauté et les professionnels peuvent interagir et échanger des informations et des expériences (par exemple, le Yukon River Panel Educational Exchange et la Pacific Salmon Foundation Salmon Recovery Conference).
- Sensibiliser les communautés aux questions environnementales clés ayant une incidence sur les bassins hydrographiques locaux et aux projets locaux de restauration de l’habitat.
- Mettre en relation les jeunes professionnels locaux et les Premières Nations avec des professionnels de l’environnement, des organisations ou des événements (tels que des programmes de mentorat, des congrès, des ateliers, des réunions annuelles).
- Élaborer et organiser des événements de restauration volontaire de l’habitat qui intègrent l’apprentissage pratique sur le terrain et des éléments d’éducation environnementale et culturelle en partenariat avec les Premières Nations et les groupes communautaires locaux :
- Veiller à ce que les Premières Nations participent en tant que dirigeantes ou codirigeantes
- Incorporer les récits des Premières Nations et les systèmes de connaissance occidentaux pour observer l’article 31 de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui cite « le droit des peuples autochtones de préserver, de contrôler, de protéger et de développer leur patrimoine culturel, leur savoir traditionnel et leurs expressions culturelles traditionnelles ainsi que les manifestations de leurs sciences, techniques et culture »
- Élaborer un programme de mentorat pour les jeunes professionnels intéressés par l’éducation à l’environnement qui les met en contact avec des organisations non gouvernementales environnementales locales, des professionnels, des Aînés des Premières Nations et des responsables communautaires
- Élaborer et mettre en oeuvre un plan de communication pouvant être déployé dans différents modes pour éduquer et alerter les communautés sur les initiatives et les occasions de restauration locale
Glossaire
- Aire protégée et de conservation autochtone
- Le Cercle autochtone d’experts définit une aire protégée et de conservation autochtone (APCA) comme les terres et les eaux où les gouvernements et les peuples autochtones ont pour mission principale de protéger et de conserver les écosystèmes grâce aux lois, à la gouvernance et aux systèmes de connaissances autochtones.Footnote 110
- Bassin hydrographique
- L’étendue d’un territoire où toutes les précipitations, les eaux souterraines et les eaux de surface convergent vers un exutoire commun.
- Communauté de la restauration
- Les organisations et les communautés qui prennent part à la restauration de l’habitat, notamment les Premières Nations, les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux, municipaux et locaux, les organisations non gouvernementales, les groupes communautaires, les consultants, les universités et les promoteurs de projets.
- Compression côtière
- La perte d’habitats intertidaux causée par l’élévation du niveau de la mer et les infrastructures humaines fixes.
- Définition ou classement des priorités
- Le processus d’évaluation de l’urgence, de la faisabilité et de l’effet attendu des buts et des objectifs afin de déterminer ceux qui doivent être mis en œuvre en premier, tout en tenant compte du financement disponible, de l’expertise et d’autres contraintes.Footnote 114
- Effets cumulatifs
- Les changements dans les valeurs et les conditions environnementales, sociales, économiques et culturelles qui sont causés par les effets combinés des activités humaines et des processus naturels passés, actuels et raisonnablement prévisibles.Footnote 107Footnote 108
- Espèce aquatique envahissante
- Une plante, un animal, une algue ou un micro-organisme d’eau douce ou d’eau marine qui est introduit en dehors de son aire de répartition naturelle ou passée. Les espèces envahissantes perturbent particulièrement la composition ou la fonction des écosystèmes indigènes, en supplantant souvent des espèces locales.
- Espèce clé
- Une espèce qui a un effet disproportionné sur son environnement naturel par rapport à son abondance. Les espèces clés jouent un rôle essentiel dans le maintien de l’écologie et de la structure d’une communauté. Les exemples incluent les saumons et les castors qui modifient et maintiennent l’environnement physique, chimique et biologique qui les entoure
- Espèce en péril
- Les espèces en péril mentionnées dans le présent document comprennent toutes les espèces inscrites à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril et les espèces évaluées comme étant disparues du pays, en voie de disparition, menacées ou préoccupantes par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.
- Facteur limitatif
- Les activités et les processus qui ne provoquent pas nécessairement le déclin d’une population, mais qui limitent la croissance, la résilience ou le rétablissement d’une espèce. Les facteurs limitatifs peuvent devenir des menaces si une espèce a perdu sa résilience en raison d’autres menaces et qu’elle est donc susceptible de connaître un déclinFootnote 112
- Gestion adaptative
- Une approche intégrée, multidisciplinaire et systématique qui vise à améliorer la gestion des ressources naturelles. Les méthodes de gestion sont mises à jour en fonction des résultats des politiques de gestion, des pratiques et des protocoles de suivi mis en œuvre.Footnote 104
- Habitat du poisson
- Selon la définition qui figure dans la Loi sur les pêches, on entend par « habitat du poisson » les eaux où vit le poisson et toute aire dont dépend, directement ou indirectement, sa survie, notamment les frayères, les aires d’alevinage, de croissance ou d’alimentation et les routes migratoires.
- Hišukiš c̓awaak
- Signifie « tout est un » pour les nations Nuu-chah-nulth-aht; qu’il s’agisse des espèces, des habitats, des processus écosystémiques ou des personnes qui entretiennent avec eux des relations réciproques.
- Importance
- Selon la communauté de restauration de la région du Pacifique, il s’agit de quelque chose qui a une valeur significative pour ceux qui en dépendent.
- Indicateur
- Une valeur qui repose sur des renseignements provenant de divers paramètres ou facteurs. Il peut s’agir d’indicateurs écologiques, d’espèces indicatrices ou d’indicateurs bioculturels.
- Intervenant (ou partie prenante)
- Une personne, une organisation ou une entreprise qui a un intérêt ou une préoccupation pour quelque chose et qui peut être concernée par un plan d’action.
- Mesure de restauration
- Une activité locale précise qui contribue à un but en matière de restauration et à ses objectifs.
- Mobilisation
- Un dialogue continu et cohérent qui instaure la confiance et le respect entre les parties sur des questions d’intérêt mutuel et qui soutient l’engagement du Canada à mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones au moyen de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones du gouvernement fédéral et des principes régissant la relation du Gouvernement du Canada avec les peuples autochtones. La mobilisation est souvent considérée comme un spectre, et elle peut inclure des séances d’information, des réunions, des ateliers et des visites sur place.
- Objectif en matière de restauration
- Des résultats précis, à court terme et mesurables qui contribuent à la réalisation d’un but en matière de restauration.
- Paramètre
- Une mesure qui permet d’évaluer la réaction d’un écosystème.
- Participant à la mobilisation
- Un membre de la communauté de la restauration qui a fourni de la rétroaction lors de l’élaboration du plan des priorités en matière de restauration.
- Plan de compensation
- Un document qui indique les mesures qu’un promoteur prendra pour contrebalancer les effets résiduels de son projet sur le poisson et son habitat, après la mise en œuvre des mesures d’évitement et d’atténuation.
- Plan au niveau du bassin hydrographique
- Une évaluation de la santé actuelle et future d’un bassin hydrographique qui repose sur un recensement des forêts, des zones humides, des cours d’eau et de l’état des eaux souterraines, et qui propose des solutions pour résoudre les problèmes relevés. La caractérisation d’un bassin hydrographique permet aux planificateurs de comprendre les répercussions et les menaces, et elle oriente les stratégies de gestion en vue d’améliorations.
- Poisson
- Conformément à la définition fournie dans la Loi sur les pêches, le terme « poisson » mentionné dans le guide de planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique fait référence à toutes les espèces de poissons, de mollusques et de crustacés et à tous les stades de leur cycle vital, notamment les œufs, le sperme, les larves et le naissain. Veuillez noter que ce plan ne comprend pas d’objectifs de restauration de l’habitat des mammifères marins, qui sont inclus dans la définition du terme « poisson » dans la Loi sur les pêches.
- Processus écosystémique
- Également connu sous le nom de « fonction de l’écosystème ». Il s’agit d’un ensemble de processus physiques, chimiques et biologiques dynamiques qui entretiennent la vie des organismes. Il s’agit notamment de la productivité, du flux d’énergie et du cycle des nutriments.
- Projet linéaire
- Les infrastructures telles que les autoroutes, les routes d’accès aux ressources, les lignes de transmission, les pipelines et les câbles de fibre optique sont par nature des projets linéaires.Footnote 113
- Relation clé
- Les relations (culturelles) clés reconnaissent la valeur culturelle d’une espèce comme source de nourriture et d’abris, mais aussi comme appui à une myriade de pratiques culturelles et traditionnelles.Footnote 111
- Restauration de l’habitat
- Aider au rétablissement d’un écosystème ou d’un habitat vers un état plus résilient en rétablissant la structure, la composition des espèces et les processus écologiques par des moyens actifs, tels que la manipulation du paysage, ou par des moyens passifs, tels que l’enlèvement des vieilles infrastructures et l’autorisation de rétablir les processus naturels.Footnote 109
- Restauration fondée sur des processus
- Une approche de la restauration de l’habitat du poisson qui se concentre sur la restauration des processus naturels dans les écosystèmes dégradés, qui à leur tour créent et maintiennent les caractéristiques de l’habitat. La restauration fondée sur des processus vise à s’attaquer aux causes profondes de la dégradation.Footnote 115Footnote 116
- Solutions fondées sur la nature
- Des mesures prises pour protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes naturels et modifiés qui abordent de manière efficace et adaptative les défis sociétaux tout en bénéficiant simultanément à l’être humain et à la nature.
- Traité
- Un accord conclu entre des gouvernements et des peuples autochtones qui définit les droits et les obligations de toutes les parties. Au Canada, les traités conclus avec les peuples autochtones comprennent à la fois :
- les traités historiques avec les Premières Nations;
- les traités modernes (également appelés entente sur les revendications territoriales globales) avec les peuples autochtones.
- Unité de conservation
- Un groupe de saumons sauvages du Pacifique suffisamment isolé des autres groupes qui, s’il disparaissait, aurait peu de chances de se recoloniser de manière naturelle dans une limite de temps acceptable, à savoir une vie humaine ou un nombre donné de générations de saumons.Footnote 105Footnote 106
- Valeur
- Une chose qui peut être définie par des mesures écologiques, culturelles, économiques, commerciales, récréatives ou d’autres mesures propres à une zone, individuellement ou en combinaison.
- Zone riveraine
- Une zone située à proximité d’un plan d’eau douce ou marine qui comprend à la fois la zone dominée par un taux d’humidité élevé et continu et la végétation en amont adjacente qui exerce une influence sur cette zone.
Abréviations
- C.-B.
- Colombie-Britannique
- °C
- Degré Celsius
- g/L
- Grammes par litre
- kg
- Kilogramme
- km
- Kilomètre
- km2
- Kilomètre carré
- m
- Mètre
- m2
- Mètre carré
- Pacific Region
- Colombie-Britannique et Yukon
- Cadre national
- Cadre pour l’établissement des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson
- Plan des priorités en matière de restauration
- Planification des priorités en matière de restauration de l’habitat dans la région du Pacifique
Acronymes
- MPO
- Pêches et Océans Canada
- PACT
- Purposeful, Actionable, Continuous and Trackable (utile, réalisable, continu et traçable)
- CERH
- Centre d’expertise en restauration de l’habitat du MPO
- PMVS
- Programme de mise en valeur des salmonidés
- SMART
- Spécifique, mesurable, atteignable, réaliste et limité dans le temps
- DNUDPA
- Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
- LDNUDPA
- Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
Liens connexes
- Ce que nous avons entendu : Planification des priorités en matière de restauration de l’habitat du poisson dans la région du Pacifique
- Restauration de l’habitat
- Date de modification: